Un commentaire de Frédérick Lessard (31 ans) de Saguenay
2005-10-26 15:40 - Commentaire d'opinion
- / LBR.ca / - C’est un bel effort de soulever un débat de société, mais comme n’importe quel événement médiatique, le Pour un Québec lucide s’essouffle peu à peu et à peine une semaine après le lancement du manifeste, nous en n’entendons presque plus parlés. Belle initiative d’ouvrir un site Web et un forum de discussion, mais encore là, faudra faire quelque chose avec les centaines des propositions de citoyens pour redresser le Québec de demain.
Je crois sincèrement que l’exercice pratiqué par monsieur Bouchard, et les co-signataires du manifeste, est quelque peu alarmiste, mais stratégique. À preuve, de partout au Québec des voix se sont élevées pour crier haut et fort, pour ou contre, les constats et les pistes de solutions.
À mon tour de commenter et de proposer
À mon humble avis, je suis d’accord pour affirmer que le modèle québécois n’est pas à jeter aux poubelles, mais plutôt à «adapter aux nouvelles réalités». Je ne crois pas que nous sommes dans «la glissade inexorable», il y des gestes (pas nécessairement faciles) à poser. Attention à la démagogie, monsieur Bouchard! Sincèrement je ne crois pas que la moyenne d’âge québécoise est un facteur de répulsion des immigrants!
Peut-être que la souveraineté serait un outil indispensable à notre avenir en santé… mais d’ici à ce que le Québec soit souverain, pourquoi ne pas nous mettre en marche vers un Québec en santé!
C’est vrai, le taux de natalité est inquiétant au Québec. Mais l’immigration peut palier en partie à ce problème. Beaucoup d’immigrants qualifiés cognent à notre porte. Pourquoi ne pas instaurer une véritable politique d’intégration des immigrants? Bravo pour les initiatives antérieures d’amener ces nouveaux québécois en région, mais continuons et améliorons-nous!
Fini l’époque du «cheap labor» au Québec, maintenant nous sommes de plus en plus orienté vers une main-d’œuvre qualifiée et nous nous tournons depuis plus d’une dizaine d’années vers une économie axée sur les hautes technologies et l’innovation. À ce titre, le Québec s’est doté d’une véritable politique de l’innovation en 2000 qui est fort progressiste. Ne laissons pas sur les tablettes ces initiatives porteuses et continuons! Même si, comme il a été dit et répété, le Québec doit être compétitif mondialement en regard de la montée de l’économie chinoise et indienne, il reste encore que chacun de nous (dans le Québec de demain) aurons besoin d’un épicier au coin de la rue, d’un boucher, de mécaniciens, de plombiers et autres, nécessaire au bon fonctionnement de la société, et ce, en plus de notre main-d’œuvre qualifiée qui doit travailler à décupler notre savoir et notre savoir-faire.
C’est vrai que le fonctionnement de l’État est une vache sacrée de la social-démocratie québécoise. Pouvons-nous dessiner un projet de société dans lequel tous ce reconnaîtrons? Nous ne sommes pas obligés de respecter l’effet du balancier et tomber dans un système de droite!
Les syndicats ont fait leur travail. Celui de faire respecter les droits des travailleurs de s’impliquer socialement et souvent économiquement. Sont-ils encore nécessaires? Doivent-ils s’ajuster eux aussi à la réalité actuelle… dont celle des jeunes diplômés (et sur diplômés) se cherchant un travail et toujours tributaires des caprices de ce système de protection par ancienneté et qui se fait encore trop souvent l’apôtre de l’hégémonie de l’incompétence!
D’accord pour augmenter les taux d’hydroélectricité, mais seulement en regard de la capacité de payer. Il ne faut pas surtaxer les moins bien nantis du Québec.
D’accord pour augmenter les frais de scolarité. Mais pas comme vous le proposez. Nous pourrions mettre en place un système de bourse d’études supérieures permettant aux jeunes issus de familles moins bien nantis de payer la majeure partie de leur cycle d’étude avec un contrat d’engagement sur la performance scolaire ou temporel normalisé.
À quant l’équité fiscale entre le provincial et le fédéral?
D’accord pour taxer. Mais pourquoi pas en fonction de la capacité de payer? Pourquoi ne pas installer un taux d’imposition unique avec des dispositions facilitantes pour les familles à faibles revenus. Aux poubelles les échappatoires fiscaux pour les plus argentés et fini les paradis fiscaux à l’étranger.
D’accord pour le revenu minimum garantie établie à 25 000 $ / année.
Pourquoi ne pas légaliser les drogues douces et instaurer une taxation sur ces produits? Avez-vous envisagé les profits que ces taxes pourraient générer dans les coffres du trésor québécois?
Pourquoi ne pas légaliser le suicide assisté, ce qui aurait pour effet d’améliorer la qualité de vie et d’abréger les souffrances des malades en phase terminale. Par ricochet, le système de santé québécois récupère des ressources pour les affecter ailleurs. Parce qu’on s’entend pour dire que maintenir en vie certaines personnes qui ne le désirent plus engage des frais de soins et de traitements.
Pourquoi ne pas instaurer des postes de payage sur les autoroutes qui traversent la frontière états-unienne et la frontière ontarienne?
Pourquoi ne pas se débarrasser des éléphants blancs de l’état québécois?
Opinion et conclusion
La démarche est fort louable et ma foi… on ne peut pas être contre la vertu!!! Attention, je ne dis pas que le contenu du manifeste est vertueux, mais bien que la démarche l’est, celle de soulever un débat en choquant son interlocuteur! Parce qu’il est important de pouvoir se questionner et de se repositionner. Un débat panquébécois oui, mais encore faut-il qu’il porte fruit!
Attention aux pistes de solutions qu’il propose… il ne faudrait pas participer au clivage entre riches et pauvres. Il faut prendre en considération que c’est la classe moyenne qui paie la note, plus souvent qu’à son tour.
D’accord pour vivre dans un Québec lucide, responsable et libre… mais à ces mots je suggère d’en ajouter deux autres riches de sens : transparence et honnêteté. Transparence et honnêteté pour ce qu’ils représentent aux yeux des citoyens québécois.
Par ailleurs, il ne faut oublier que ce constat est «fataliste» quant aux perspectives d’avenir. Pour ma part, j’ai la conviction profonde que nous avons les idées et les moyens pour se donner un Québec en santé, il suffit d’entrer dans le débat et proposer des solutions.
Selon moi, ce manifeste doit être définit comme un diagnostique de l’effet de l’appropriation et de l’utilisation du système socio-économique québécois par les «Baby boomers».