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Les voleurs d’enfance, méprise sur les voleurs!

Un commentaire de monsieur Mario Lamontagne
2005-10-16 20:57 - Commentaire d'opinion

- / LBR.ca / - Comme plusieurs, je suis sorti troublé de la présentation de M.Arcand. Troublé de constater à quel point le Casino de la vie peut être injuste pour certains enfants. On ne choisit pas ses parents, trop souvent on les subit. Je ne m’habitue toujours pas à la détresse de ces enfants et pourtant je l’ai côtoyée au quotidien pendant 2 ans en tant qu’éducateur en Centre d’accueil. Même si j’ai quitté ce milieu il y a quelque 25 ans, je me sens toujours concerné par ces jeunes et ceux qui les accompagnent.

Une fois remis de mes émotions, il m’était possible de porter un regard critique sur le documentaire. C’est alors qu’il m’est apparu qu’une grande méprise, voire une manipulation d’opinion, habitait ce film. On y parle de voleurs d’enfance en plaçant la DPJ, la magistrature (sauf la juge Ruffault) et les Centres jeunesse au banc des accusés. À ce que je sache, ce ne sont pas ces gens là qui ont abusé sexuellement, frappé, isolé, négligé, loué les services de ces enfants. Ce que le documentaire oublie de mettre en évidence c’est que ce sont les parents les vrais voleurs d’enfance. Les intervenants agissent à la manière d’un système d’alarme pendant ou après le vol. Il est rare qu’on place le système d’alarme comme premier responsable d’un vol. Je m’inquiète qu’on se limite à l’examen du système d’alarme pour régler un si grave problème. J’en suis à penser que le biais de M. Arcand contre le réseau public tient de la démagogie, il est connu que de s’en prendre au Monstre étatique c’est payant en termes de cotes d’écoute. Un examen attentif des points de vue présentés (il serait malheureusement et trop long de les présenter dans cet écrit) montre hors de tout doute le biais négatif du film à l’endroit du réseau officiel de la Protection de la jeunesse.

Le système actuel est imparfait, l’appareil administratif est trop lourd c’est vrai, mais je ne crois pas que ça justifie de faire passer les gens qui y travaillent pour des voleurs d’enfance. D’autant plus que je doute que les pistes de solution présentées dans le film (diminution de l’utilisation des cellules d’isolement(1) , les travailleurs de rue, …) puissent apporter des changements significatifs à l’abîme affectif qui habite ces jeunes. Ce que ces enfants veulent, et c’est bien exprimé dans le film, c’est l’amour de leurs parents, aussi imparfaits qu’ils puissent être et rien d’autre. Ceux qui les ont côtoyés le savent, ces enfants gaspillent leur vie à espérer que leurs parents changent et finissent par les aimer. Partant de ce constat, on comprend que les succès de la Protection de la jeunesse soient rares et qu’il faille être soit naïf ou démagogue pour prétendre que la solution réside dans le changement des intervenants et des pratiques éducatives. Je ne vois pas en quoi la « démonisation » qu’a faite M. Arcand des intervenants de l’État puisse servir la cause de ces jeunes. Chose certaine, pour les intervenants dédiés, et il y en a, se voir ainsi affublé le titre de voleur d’enfance aura sûrement un effet démotivant dont tout le monde aurait pu se passer en commençant par les jeunes.

En conclusion, je suis conscient que mon propos soit très pessimiste, voire apocalyptique, et j’entends la question : On fait quoi alors? Ma réponse est qu’une partie de la solution passe par le dépistage des parents qui ne présentent pas le minimum de compétences pour assurer le développement normal de leur enfant (ex. mère héroïnomane) et le placement de leur enfant en adoption et non pas en famille d’accueil comme on le fait actuellement en espérant que leurs parents règlent leurs problèmes et deviennent compétents. De plus, qu’on décrète légalement la préséance du droit de l’enfant à évoluer avec des adultes qui l’aiment sur tous les droits associés aux parents biologiques.

Mario Lamontagne,
Alma

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