Réaction de Jean-Pierre Vidal au commentaire de Richard Desgagné
2005-09-12 07:01 - Commentaire d'opinion
- / LBR.ca / - Le commentaire de Richard Desgagné publié récemment dans vos pages exhortait avec raison ceux qui se taisent à rompre leur silence. Une démocratie de muets ou de chuchoteurs en coulisse n’est plus une démocratie. Hélas, c’est le type de démocratie de pacotille que l’intimidation notamment radiophonique installe de plus en plus dans les pays dits avancés.
Nous vivons, en effet, l’ère des extrêmes : sports extrêmes, fortunes et misères extrêmes, vulgarité et bêtise extrêmes, mercantilisme et indifférence extrêmes. Et, bien sûr, politique extrême.
L’ex-mairesse de Ste Foy, le maire de Huntingdon et le maire de Saguenay sont des exemples éclatants de ce type de fort en gueule, hurlant toujours plus haut, plus gros, plus niais que sa pensée, quand, du moins, il en a une, ce qui n’est pas toujours évident. Et le plus terrible, c’est que ces tribuns plus populistes que populaires, plus démagogues que démocrates, plus récriminateurs que républicains, parviennent à convaincre les âmes simples qu’ils défendent le faible, le petit, le sans grade. Mais leur extrémisme ne s’accroche par devant au gel des taxes que pour mieux se vautrer, par derrière, dans les dépenses somptuaires ou parfaitement imbéciles (l’ineffable tour de la Pulperie, projet heureusement abandonné in extremis, ou, du même tonneau, l’extravagant quai pour gros bateaux blancs générateurs de jobbines et d’emplois de porteurs d’eau). Peu importe les contradictions, les faiblesses, les incompétences de ce genre de politicien, le bon peuple les suit et prend leurs éructations pour parole d’évangile.
Au point de passer aux actes quand la parole de ces bravaches appelle au lynchage métaphorique. Car il y a toujours des âmes simples dans des corps à gros bras pour tout prendre au premier degré et aller faire justice.
Et c’est ainsi qu’à Saguenay, la ville dont le maire est un bravache, sans doute futur animateur d’une de ces radios poubelles qui se prennent pour des forums démocratiques, c’est ainsi qu’à Saguenay pleuvent aussitôt contre tout opposant à son Honneur notre bon maire, injures, menaces et même exactions diverses, comme peut en témoigner, entre autres, madame Mireille Jean.
Certes, le maire Jean Tremblay étant, comme chacun peut le constater chaque jour dans les journaux et à la radio, un homme d’une exquise délicatesse, on ne saurait l’accuser d’être derrière ces hommes de main un peu pressés. On ne saurait même le soupçonner de s’en réjouir en secret tant cet homme abhorre l’obscurité, les cachotteries et les coups fourrés : avec lui, tout se fait toujours en pleine lumière, tous les livres sont ouverts, les comptes faits au grand jour, les salaires versés, les subventions allouées et les critères qui les justifient toujours étalés sur la place publique, monsieur Joncas en sait quelque chose.
Et puis, n’est-ce pas, ses actions sont toujours extrêmement soucieuses de la légalité et proclamées telles, comme plusieurs enregistrements radiophoniques peuvent en témoigner. Ses amis ne retirent aucun bénéfice personnel de son règne, ça aussi il le proclame sans vergogne. Quand à son conseil municipal, il est toujours animé, comme chacun sait, de franches et vigoureuses discussions.
Si l’on ajoute que Dieu est avec lui, comme il l’a également claironné sur les ondes de la télévision publique, on ne s’étonne guère que les opposants se contentent trop souvent d’inoffensifs murmures, comme le déplore monsieur Desgagné.
Car au fond, à quoi bon élever la voix? Tous les démentis apportés par les faits aux affirmations de George W. Bush n’ont diminué vraiment ni sa popularité ni son assurance et nous qui soupirons après un Michael Moore ou, à défaut, un Chartrand, un Lauzon, un Fallardeau saguenéens, nous n’avons droit qu’à des animateurs radio dont le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils ne sont pas vraiment des opposants du maire.
On a furieusement envie, devant ce désolant tableau, de lancer à nouveau le cri inscrit par l’artiste Jordi Bonnet sur sa murale du Grand théâtre de Québec : «Vous êtes pas tannés de mourir, bande de caves?»