Manchettes RSS (?)



Éloge d'Alma - par Higinio García

Il y a de grandes villes à la beauté spectaculaire, tapageuse et facile, mais mieux adaptées aux touristes qu'à leurs habitants: quand on y vit, on s'y heurte à des problèmes qui se multiplient, s'imbriquent et se gluent jusqu'a faire une prouesse du geste quotidien le plus simple. Lorsqu'on a la chance de ne pas y vivre, il vaut mieux en faire la visite guidée et partir.
2005-02-02 12:00 - Commentaire d'opinion

- / LBR / - Et il y a des humbles petites villes, modestes, réservées, secrètes, et juste pour cela bien plus belles, mais d'une beauté que l'on ne peut apercevoir, comme celle des grandes œuvres de la littérature, la musique ou la peinture, qu'après une longue éducation de la sensibilité. Ces villes-là, on les habite. On les parcourt encore et encore, parce qu'il faut les fréquenter longtemps avant qu'elles ne se dévoilent. Aux quatre saisons, à toutes les températures, habillé selon le temps qu'il fait, car, contre ce qu'il paraît, c'est moins long de s'y adapter que de médire et maudire jusqu'à ce qu'il change. Mais ce qui se découvre alors nous y attache à tout jamais: comme toute vraie œuvre d'art, ces villes nous laissent entrevoir le mystère: celui de la nature, celui de l'homme, celui de ses chemins, ou, peut-être, dans des moments privilégiés, le Mystère tout court.

Alma est de celles-là. Pour la découvrir, il faut prendre le temps de s'y promener. De s'y promener: pas de marcher. On prend sa marche de santé, comme on prend un remède, obligé par son excès de poids, par le médecin ou par souci de se tenir en forme. Et plus l'on marche vite, moins de temps ça prend et plus on brûle de calories. Mais on se promène parce qu'on aime le lieu qu'on habite, et que l'on a besoin de prendre le temps de le regarder. La marche "a pied" (comment diable veut-on qu'on marche?) est du domaine de la gymnastique; la promenade, du domaine de l'esthétique.

Je pourrais vivre, par exemple, à la Costa del Sol. Mais mon pays n'est pas là. Mon pays, ce sont les saisons d'Alma. C'est l'hiver, quand ses paysages, estompés par une belle grosse tempête, ressemblent à des estampes japonaises. C'est le printemps, lorsque chaque parterre de presque chacun de mes concitoyens devient une joie pour les yeux (ces concitoyens qui ont le temps de s'arrêter pour piquer une jasette: dans un monde où les gens sont tellement importants, dont le temps est si lourdement hypothéqué, qu'il est plus gênant d'offrir un café à quelqu'un que de lui emprunter cinquante piastres!). C'est l'été, où les fleurs sauvages, dont une nouvelle espèce, différente en forme et en couleur, apparaît chaque semaine, bordent la Piste cyclable et composent une peinture impressionniste. C'est l'automne, où le parc Falaise et la Pointe des Américains sous la pluie ressemblent à une illustration allemande de contes de fées, et invitent à se promener en couple, bien serrés sous le même parapluie.

J'irai donc cet été à la Costa del Sol si Dieu le veut, par piété filiale, parce que c'est quand même de là que l'on m'a exporté; mais là-bas, dans le vaste monde, j'aurai bien hâte de revenir habiter mes aquarelles.

Higinio García

Réagir à cet article Version imprimable Envoyer à un ami

Pour d'autres informations dans « Opinion du lecteur »...

LBR.ca - Saguenay-Lac-St-Jean - AB

Tous droits réservés © 1996 - 2008 La Firme Inc.