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Les affaires en sécurité alimentaire, c'est l'argent des autres!

Après plus de deux années d’attente, les exportations du bétail sur « quatre pattes » vers le lucratif marché américain ont repris, mais les autorités canadiennes retiennent leur souffle.
2005-07-28 14:37 - Commentaire d'opinion

Sylvain Charlebois - Professeur adjoint  Faculté d’Administration Université de Regina
Sylvain Charlebois - Professeur adjoint Faculté d’Administration Université de Regina

- / LBR.ca / - Les États-Unis viennent d’annoncer un possible troisième cas d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), et les rebondissements juridiques ne cessent de se multiplier. L’incertitude plane toujours au-dessus de la tête des producteurs bovins canadiens puisqu’ils reconnaissent que les exportations peuvent cesser sans préavis.

Après que les résultats du test aient été rendus publics pour le deuxième cas américain d’ESB au début du mois dernier, Mike Johanns, le secrétaire en agriculture américain a annoncé que le gouvernement américain ferait désormais usage du test plus sophistiqué, appelé western blot. Ce test, déjà utilisé au Canada depuis quelque temps, vise à analyser par électrophorèse les protéines du cerveau des animaux malades. Le western blot offre des résultats très précis et expéditifs. Alors, le nouveau cas d’ESB aux États-Unis n’est donc pas une surprise, et la cadence des découvertes de nouveaux cas augmentera sans doute. Or, la rigueur qu’offre cette méthode coûte en moyenne cinq fois plus cher que d’autres techniques moins approfondies. Alors, ce n’est pas étonnant que les Américains aient hésité longuement avant d’emboîter le chemin de l’infaillibilité pour le dépistage d’ESB. Bref, l’ESB, cette maladie qui représente pratiquement aucun risque aux consommateurs, est en train de transformer les paramètres du commerce international en matière de produits bovins. Les tests d’animaux pour l’ESB contraignent les pays qui transigent à l’international à investir des sommes astronomiques. Dans ces conditions, certains pays démontrent énormément d’astuces ces temps-ci, et de façon implicite, demandent à d’autres pays de se charger de commanditer leur propre système de sécurisation alimentaire.

Le Montana en est un exemple récent. Depuis peu, cet état américain a ordonné à ses vétérinaires gouvernementaux d'inspecter les bovins vivants destinés aux parcs d'engraissement du Montana afin de s'assurer qu'ils soient âgés de moins de 30 mois, que les vaches ne portent pas de petits, et que les bêtes présentent une marque les identifiant comme canadiennes, mesures qui, a-t-il affirmé, pourraient coûter aux propriétaires des animaux canadiens jusqu'à 5 $ par tête. C’est une tendance qui, selon toutes vraisemblances, prendra de la vigueur dans les années à venir.

Au lieu de gérer l’incertitude générée sous l'effet de l’insécurité alimentaire de par l’intérieur des frontières seulement, les pays iront désormais chercher des ressources financières supplémentaires à l’international afin de mieux manier cette incertitude incessante. Ce n’est pas d’hier que les pays transigent à l’international tout en assumant les contrecoups de tarifications astreignantes. En matière de sécurisation alimentaire, les barrières non tarifaires qui se manifestent par des embargos et des boycotts depuis quelques temps, céderont manifestement leur place à des barrières tarifaires.

Le monde agroalimentaire appartient incontestablement à celui du changement. Les forces, qui président à la concentration de la distribution et à la globalisation des marchés, bousculent les législateurs publics et les obligent à se transformer. La fin de la crise de la vache folle signifie le début d’une nouvelle ère pour l’industrie canadienne. Certes, ces changements ne se feront pas sans encombre. Les instances gouvernementales devront jouer un rôle de premier plan dans l’élaboration d’une stratégie de sécurité alimentaire efficace, digne des attentes des consommateurs domestiques et ceux des marchés internationaux, et c’est déjà commencé.

En somme, l’industrie bovine canadienne a appris, à ses dépens, l’importance de bien comprendre les besoins des clients à l’international. Cette crise était la première véritable épreuve de ce genre pour l’industrie bovine canadienne, et il y en aura sûrement d’autres. S’engager à établir un système fiable de traçage alimentaire et l’amélioration des méthodes d’abattage constituent des préoccupations prioritaires. Au plan domestique, l’industrie et les instances gouvernementales ont investi davantage sur la capacité d’abattage. Au Canada, la capacité d’abatage a augmenté de plus de 20% depuis deux ans, réduisant ainsi la dépendance de transformation envers les Américains. Mais nous avons du travail à faire à ce dernier chapitre.

Le Canada, tout comme le Montana, doit trouver un moyen inventif d’exhorter ses partenaires à débourser des sommes annexes à dessein de financer un système de sécurité alimentaire dont il est difficile d’en évaluer les coûts à long terme.


Sylvain Charlebois
Professeur adjoint
Faculté d’Administration
Université de Regina
Chercheur en distribution et
sécurité alimentaire
Fellow de l’Institut des politiques publiques
de la Saskatchewan

Regina (SK) (Canada)
Tél. : (306) 337-2695

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