Avec Louis Bernard le PQ renoue avec l'héritage démocratique de René Levesque
André Larocque - Professeur associé à l’École nationale d’administration publique -
Sous ministre à la réforme des institutions démocratiques, 1978-85, 2002-03
2005-06-27 13:22 - Commentaire d'opinion
- / LBR.ca / - Bien sûr que Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Bernard Landry faisaient de nombreuses références au fondateur du Parti Québécois, René Lévesque. Mais les gouvernements des deux premiers n’avaient aucun agenda de réforme démocratique substantielle. Celui de monsieur Landry a eu le mérite de produire les États Généraux sur la réforme des institutions démocratiques de 2003 encore que l’événement doit plus à la force de poignet de Jean Pierre Charbonneau qu’il n’a coulé de source du cabinet du Premier ministre.
Or pour René Lévesque, le parti fondé en 1968 l’a été en tout premier lieu sur une base démocratique. Bien peu de choses l’insultaient plus que des propos du genre : « il faut faire l’indépendance d’abord, on s’occupera de réforme démocratique après. « René Lévesque était viscéralement avant tout un démocrate. Pour lui, la souveraineté du Québec était la conséquence de l’évolution démocratique de toute une société et non pas le dossier privilégié d’un parti politique quel qu’il soit.
Louis Bernard a accompagné la démarche du Premier ministre Lévesque du début à la fin. Il a été le créateur du Secrétariat à la réforme parlementaire et électorale en 1978 et le premier sous ministre à le diriger avant qu’il ne devienne le sous ministre du Premier ministre. Il a été directement relié à toutes les réformes initiées par René Lévesque : loi du financement des partis politiques, refonte de la loi électorale, loi de la consultation populaire (référendum), loi de la représentation électorale (carte électorale), réforme parlementaire (dont la télédiffusion des débats), loi d’accès aux documents publics. Il a aussi été associé à celles qui n’ont pas abouti comme la réforme du mode de scrutin annoncée par monsieur Lévesque dans le discours inaugural du 9 novembre 1981 ou comme celle sur l’introduction de l’initiative populaire qui est restée au niveau d’un projet de loi.
La candidature de Louis Bernard sonne le retour à l’inspiration première de la fondation du Parti Québécois. Pour bien des personnes, dont moi, la première réaction de surprise a été suivie par un souffle d’espoir. Le mot qui s’est répandu le plus rapidement et dans tous les coins a été : « la candidature de Louis Bernard va hausser le niveau du débat ». Mais justement : hausser à quel niveau ? Je pense, comme bien d’autres, que pour un parti politique qui offre aux Québécois un État souverain, la candidature de Louis Bernard offre l’occasion de choisir non pas avant tout un chef de parti mais un chef d’État. Pourquoi poursuivre sans fin le débat sur la date du référendum et les modalités de la démarche souverainiste quand on a l’occasion de remettre le poste de Premier ministre dans les mains de la personne qui possède la plus grande compétence, la plus grande expérience, le meilleur réseau concret, fonctionnel, vécu pour nous y conduire à court terme.
Au moment où le PQ nous convie à observer le processus interne de son choix de chef, la candidature de Louis Bernard convie le PQ à se poser la question du choix d’un chef d’État. Au moment où bien des souverainistes étaient devenus désabusés de voir le PQ faire de la souveraineté le dossier d’un parti, Louis Bernard propose de faire du projet du parti un projet d’État. Au moment où on avait l’impression que le PQ s’était octroyé la mission exclusive de créer une société nouvelle, Louis Bernard nous rappelle que cette société existe déjà, qu’elle est créée socialement, culturellement, économiquement tous les jours, devant nos yeux, par tous les Québécois, de tous les partis politiques ; le travail qui reste, nous dit-il, est de s’attaquer à la dimension politique de notre enlisement comme société, dimension justement à laquelle René Lévesque s’était attaquée en priorité. Au moment où tous les candidats à la tête du PQ parlent de créer la grande coalition incontournable pour le succès référendaire, on a souvent l’impression que la plupart entendent par coalition le rapatriement des autres au PQ plutôt que l’insertion du PQ dans une vraie coalition québécoise. Louis Bernard a servi les Québécois et les gouvernements du Québec au-delà des divisions partisanes, au-delà des clivages ethniques, au-delà du cloisonnement public/privé.
En somme, par ses qualités de compétence, d’intégrité, d’ouverture, de pragmatisme, de familiarité experte avec les rouages de l’État, Louis Bernard hausse en effet le niveau du débat. Bien plus, il hausse la course au leadership du PQ à un niveau qui en fait une préoccupation de société. À ceux au PQ qui se désolent que bien des souverainistes se trouvent ailleurs qu’au PQ, la candidature de Louis Bernard offre une occasion exceptionnelle de ralliement qui dépasse la rhétorique traditionnelle. Il y a bien des gens, depuis des années, qui attendent un Parti de tous les Québécois pour le vrai. Louis Bernard ouvre cette porte-là plus grande qu’elle ne l’a jamais été depuis René Lévesque.
André Larocque
Professeur associé à l’École nationale d’administration publique
Sous ministre à la réforme des institutions démocratiques, 1978-85, 2002-03