- / LBR / - Comme il l’affirme à juste titre, le CO2 n’est pas toxique aux concentrations qu’il pourrait atteindre dans l’atmosphère et ce même si on en décuplait la quantité. C’est la dose qui fait le poison, demandez le aux gens qui vivent dans les sous-marins et qui doivent tolérer des concentrations dix fois plus grandes que celles que nous respirons. Jamais les scientifiques n’ont prétendu que le CO2 était un gaz« toxique ». Certains « journalistes prétentieux » n’ont peut être pas d’aussi bonnes sources que monsieur Brassard, mais on peut leur pardonner.
Le Protocole de Kyoto ne fait pas l’unanimité en effet… On en a tellement dilué la portée qu’il n’aura qu’une vertu pédagogique. L’ancien professeur devrait tout de même reconnaître la vertu de l’exercice qu’on donne aux élèves avant de les convoquer à l’examen…
Pour le reste permettez nous de douter de ses sources, de son analyse et de ses motivations.
Monsieur Brassard affirme qu’il faudra réduire notre consommation d’énergie de 30% d’ici 2012. Fadaises, il confond énergie et émissions de gaz à effet de serre. Savez-vous par exemple que les alumineries du Québec ont déjà réduit de plusieurs centaines de milliers de tonnes d’équivalent CO2 leurs émissions essentiellement en évitant les effets d’anode qui émettent des PFC (une catégorie de gaz visés par le Protocole de Kyoto qui sont entre 6500 et 9200 fois plus puissants que le CO2) et cela n’a pas affecté leur compétitivité, bien au contraire. Par ailleurs, l’énergie hydroélectrique et l’énergie éolienne qui caractérisent le parc de production d’électricité au Québec n’émettent pas de gaz à effet de serre en quantité significative. Commençons par distinguer énergie et combustibles fossiles, les citoyens comprendront mieux de quoi il en retourne.
Monsieur Brassard est en retard sur le débat, non seulement vient-il de découvrir Bjorn Lomborg dont le livre « The skeptical environmentalist» est discuté et souvent désavoué dans les universités depuis sa parution en 2002, mais il a manqué une bonne partie du débat sur les emplois et le coût de Kyoto pour le Canada comme l’indique cet extrait d’un article publié dans La Presse il y a déjà deux ans :
« Des centaines de milliers de chômeurs d’ici 2012 ! Une diminution catastrophique du PNB et de la compétitivité industrielle ! Une catastrophe économique et sociale pour faire plaisir à quelques écologistes irresponsables ! On en a entendu des vertes et des pas mûres et les médias de tout le Canada se sont volontiers fait l’écho des inquiétudes de l’industrie. À croire les opposants au Protocole, c’était un geste irresponsable de se mettre des entraves dont les compétiteurs (les Américains et les pays en voie d’industrialisation) avaient refusé de s’embarrasser. N’a-t-on pas prédit une crise boursière advenant un vote de ratification positif de la part du Canada? Ralph Klein a été jusqu’à menacer le Canada de faire l’indépendance de sa province…
Pourtant cela n’a pas arrêté les entreprises d’investir dans les sables bitumineux de l’Alberta. En effet, au lieu de hurler sur la place publique, certaines entreprises pétrolières ont pris leur calculatrice et réalisé que le paiement des permis d’émissions du CO2 représenterait une augmentation de 0,20 à 0,25$ par baril de 200 litres de brut… On parle donc de quelques centièmes de cents du litre, même à la pompe, avec le facteur multiplicateur des taxes fédérales et provinciales et l’ajout des permis d’émission imputables à la raffinerie… Est-ce là suffisant pour prédire des centaines de milliers de pertes d’emplois comme l’ont avancé les études « économiques » de l’Institut Fraser? Surtout que le prix du pétrole à la pompe varie beaucoup ces jours-ci, et pas en raison de la ratification du Protocole de Kyoto… D’ailleurs, il serait intéressant de comparer l’impact de la volonté américaine de contrôler la production pétrolière en Irak avec celui de l’application du Protocole de Kyoto… Malheureusement, les budgets de l’armée américaine ne sont pas récupérés directement sur le prix de l’essence de nos voisins. »
Quant à la courbe de Mann à laquelle il fait référence, les corrections amenées par l’auteur n’en changent aucunement la forme et la signification comme le savent ceux qui suivent ce débat dans les revues scientifiques. La tendance à la hausse des températures au vingtième siècle est plus que claire. L’été dernier, l’atelier de Paris réunissant les modélisateurs du climat a permis de déterminer que la hausse à laquelle on doit s’attendre est encore plus élevée que celle qui était publiée dans les rapports du Groupe Intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC) en 2001. Il en va de même pour les mesures prises par les satellites dont on a en 2003 corrigé les erreurs et qui concordent avec les autres types de mesure. C’est vrai que cette information n’a pas été corrigée sur plusieurs sites Internet de la droite américaine.
Les affirmations de monsieur Brassard sur la situation européenne sont aussi trompeuses. Concrètement, l’Europe est beaucoup plus avancée que l’Amérique, et surtout que le Canada dans la mise en place des outils de réduction. Le marché des permis échangeables a été mis en place au début du mois et des grandes entreprises y participent volontiers car cela augmentera leur compétitivité internationale. Même en Angleterre, on a mis en marche un ambitieux programme et les experts prédisent que ce pays atteindra ses objectifs une réduction de 12,5% par rapport à 1990. On s’attend d’ailleurs à ce que la Communauté européenne dans son ensemble atteigne les objectifs de Kyoto (-8%) sans mettre sa population au chômage et sans faire perdre de valeur à l’euro. Le Canada sera bien obligé de se greffer au marché des gaz à effet de serre en 2008, mais si on ne prend pas de mesures tout de suite, ce sera comme acheteur plutôt que comme vendeur..
Le chiffre de 40 milliards avancé par monsieur Brassard est certainement beaucoup plus contestable que les prévisions du GIEC. D’ailleurs, depuis la publication de notre livre en 2001, les tendances n’ont fait que s’accentuer et les données se sont précisées sans cesse.
Nous constatons pour reprendre les termes de monsieur Brassard, que dans le domaine des changements climatiques, des opinions comme la sienne démontrent « que le prêt-à-penser (sic) climatique prime trop souvent sur le bon sens, la prudence élémentaire et un scepticisme de bon aloi. »
Claude Villeneuve, Directeur de la Chaire en Éco-conseil, Département des sciences fondamentales, Université du Québec à Chicoutimi
François Richard, Laboratoire d’écologie aquatique, UQAC
Coauteurs du livre « Vicre les changements climatiques » dont la deuxième édition est sous presse aux Édiitons Multimondes et sera en librairie à la fin de mars.
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Voir : Cole, M.A., Environmental Optimists, Environmental Pessimists and the Real State of the World, The Economic Journal, June 2003, Vol 113, no.488, pp. F362-F380
Villeneuve, C. (2003-03- 17 ) L'alarmisme aurait-il changé de camp? , Journal La Presse, Montréal, Cahier E p.5 .
Mann, M., et al. (2003), On Past Temperatures and Anomalous Late-20th Century Warmth, Eos Trans. AGU, 84(27), 256.
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