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Les balbutiements d’une démocratie participative

Vers un pouvoir partagé?
2005-11-08 16:11 - Éditorial

- / LBR.ca / - Ce qui m’a frappé, d’entrée de jeu, lors de la présentation du manifeste Pour un Québec lucide, c’est la mise en contexte faite par leur porte-parole lors de sa présentation. On disait qu’il n’était pas facile, pour les politiciens et les gouvernements en place, de prendre les décisions les plus judicieuses dans l’intérêt de la population. Les divers groupes d’intérêts court-circuitaient toutes tentatives de changement disait-on. On ajoutait, du même souffle, que les Québécois n’étaient pas ouverts à revoir leur façon de se voir et de voir le monde qui les entoure, qu’ils étaient fermés aux projets audacieux et à l’évolution du fonctionnement de l’état, qu’ils s’ancraient à leurs confortables habitudes de vie et qu’ils n’étaient pas trop enclins à faire face aux appels à la responsabilisation. Ouf!

Les signataires de ce manifeste se présentent comme; de simples citoyens, qui souhaitent amener sur la place publique des questions qui, à leurs yeux, commandent un large débat de société. Il faut parler des vraies choses et arrêter de se mettre la tête dans le sable. Le Québec ne peut se permettre d'être "la république du statu quo", selon leurs propres mots.

Hé bien, soit ! Si les politiciens ne jouent plus la « game » et oublient leur raison d’être, il est primordial que les citoyens s’investissent et se réapproprient leur place et leurs droits. Rien ne se perd et rien ne se crée!

D’un manifeste à l’autre

Quelques jours plus tard, il y a eu le dépôt d’un autre manifeste, soit celui; Pour un Québec solidaire. Il origine dit-on, de personnalités représentant divers courants de la gauche. Une autre sorte de lucidité y est présentée. Elle recentre la discussion sur les valeurs et les principes qui doivent, selon les signataires, inspirer et guider les choix stratégiques que nous faisons et qui modèlent notre société. Elle nous interpelle comme partie prenante au développement de la collectivité mondiale et à notre responsabilité individuelle.

Encore une fois, ce sont, de simples citoyens, qui se lèvent pour dire tout haut ce que d’autres pensent tout bas. Ils expriment d’autres réalités qu’il est essentiel de ne pas perdre de vue et qui, trop souvent, sont escamotées au nom même «du progrès». On oublie trop vite, quand ça fait son affaire, ce qu’est réellement le développement durable!

Des citoyens impliqués

Ces deux manifestes ont provoqué de nombreuses réactions qui démontrent éloquemment l’intérêt des gens pour de telles questions. Un intérêt certes mais également un désir, un besoin d’échanger avec son vis-à-vis et même d’en découdre le cas échéant. Et c’est sain! C’est ça la démocratie! Les citoyens, de plus en plus, conscients des problèmes présents et à venir veulent avoir leur mot à dire. Dans le contexte actuel, où la confiance dans les politiciens est à son plus bas, où les institutions politiques sont sclérosées, il n’est pas surprenant de voir surgir d’autres formes d’implication sociale et de revendications.

La population consultée

Dans le même ordre d’idée, Il y a eu, lors des élections municipales de ces jours derniers, une question qui a été soumise aux électeurs de la région. Elle concernait la gestion de nos ressources naturelles. Par cette consultation, on cherchait à obtenir l’appui massif de la population pour que nos municipalités soient en force, pour défendre nos intérêts auprès du gouvernement du Québec. Ce n’était peut-être pas la question du siècle, celle qui aurait pu nous faire sentir intiment liés à notre propre développement comme acteurs et auteurs de notre avenir, mais, cette question a au moins le mérite de nous lancer vers une nouvelle manière d’exercer le pouvoir. Ainsi, par divers moyens, nous pourrons, dans les années à venir, participer davantage à la vie démocratique de notre collectivité.

Démocratie participative

Oui, les questions soulevées dans ces manifestes sont importantes. Oui, la consultation populaire lors des élections municipales avait sa place. Oui, il faut discuter de tout cela, entre nous, et dégager ce qui fait consensus et ce qui fait problème. Et oui, il faut trouver des solutions et les mettre en application. Les citoyens ont des préoccupations légitimes et il semble bien que ce ne soit pas le contenu qui fasse défaut. Non, ce qui ne va pas, c’est le contenant!

Il est primordial d’ajuster le contenant, c’est-à-dire revoir l’ensemble de nos institutions, de nos structures administratives et la manière dont chacune fonctionne. Déjà, depuis plusieurs années, nombreux sont ceux qui réclament une modification au mode de scrutin. D’autres, exigent d’être consultés davantage sur les questions, où les principes et les valeurs de société dans laquelle ils souhaitent vivre, soient mises en cause. Certains réclament également des lieux publics, des forums ou encore des activités qui feront office d’une véritable agora, d’un centre de la vie politique, sociale et économique de leur collectivité.

S’il y a une constante à dégager dans toutes ces démarches et cette effervescence des idées, c’est bien ce besoin ultime, tant au plan national que local, d’un véritable dialogue et d’une implication directe du citoyen dans la gestion de son environnement et de sa vie collective. Pour ceux qui nous rabâchent les oreilles avec le faible taux de participation aux élections et la baisse de l’intérêt des gens pour la chose politique, dites-vous que c’est peut-être parce que la partie est plate!

Ce citoyen, si loin entre chaque scrutin, tout à coup, redevient actif et ne se considère plus comme un spectateur passif et un élément sporadique à considérer lors d’une élection. Il cherche à s'informer, à comprendre, à donner son avis et veut être partie prenante à la décision. En vérité, ce qui se cache derrière cette turbulence politique, c'est la remise en question du pouvoir et la manière de l'exercer.

Alain Bergeron

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