Mais qu'en est-il exactement? À quoi devrions-nous nous attendre? Ni le Privé, ni le Public ne peut à lui seul résoudre la quadrature du cercle : faire en sorte de corriger les maux dont sont affublés les différents réseaux publics. Dans leur contexte respectif, les deux systèmes souffrent systématiquement, lorsqu’ils s’examinent et se comparent, du syndrome du «fétu de paille dans l'œil» en ce qui a trait aux lacunes et faiblesses systémiques qu'ils génèrent chacun à leurs façons.
En effet, force nous est de constater que le Privé et le Public sont loin d'être parfaits, que l'un et l'autre font face à des problèmes qui leur sont propres et à d'autres qui se ressemblent énormément. Les deux entités produisent des biens et des services pour des clients ou des usagers. Dans le privé, le moteur est le profit, le prix que le consommateur est prêt à payer. Dans le public, la notion de profit n'existe pas, l'établissement est défini par la loi, le service est produit par un monopole (santé, éducation), son prix est déterminé statutairement en quelque sorte sous forme de subsides octroyés par le conseil du trésor, subsides modulés par les conventions collectives négociées entre le Gouvernement et les syndicats impliqués.
Les deux fruits, privé et public, sont rongés par des vers! Où il y a de l'homme, il y a de «l'hommerie»! Quel que soit le niveau examiné: propriétaires ou Gouvernement; gestionnaires mercenaires; travailleurs, professionnel; etc. Que l'on recherche le profit ou que l'on travaille dans le cadre d'un monopole public, il n'est pas long que les travers se manifestent. Quelques-uns se ressemblent, d'autres diffèrent. Cependant, l'un et l'autre ne peuvent se faire la leçon!
Pour illustrer mon propos, il n'y a rien de mieux qu'une petite histoire. Celle-ci peut s'être passée au Moyen Âge, ou encore dans l'Antiquité, ou même dans la Préhistoire. Cette histoire s'est sûrement produite dans une communauté, tribu, où tout le monde se connaît et compte sur tout un chacun pour survivre… Divers artisans y vivent et sont interdépendants. Celui dont il est question ici est producteur d'embarcation. Il aurait pu s'agir aussi d'un fabriquant d'arcs ou de tout autre artisan. Il est responsable de la production d'un canoë du début à la fin. Ce fameux canoë, il le fait soit pour un parent, un ami, une connaissance. Dans un contexte de survivance, il le fabrique pour qu'il soit fiable. À moins du contraire, il n'a pas intérêt à ce que son frère ou son cousin, etc. se noie… Il est fier de son travail, il se sait responsable de ce qu’il produit !
Aujourd'hui, on est loin de ce sens des valeurs et des responsabilités. Depuis que l'on a instauré le travail à la chaîne, l'industrialisation à outrance tant dans le privé que le public, les gestionnaires et les travailleurs sont devenus des mercenaires. Il en résulte que le sens des valeurs et des responsabilités se perd dans l’anonymat du grand nombre et de la parcellisation. Car, ils ont perdu de vue que la partie de travail qui leur incombe appartient à un ensemble plus vaste, qui résultera peut-être à la fin du processus en une voiture. On peut s’imaginer que celui, qui est négligent et qui s’en fout éperdument, trouve que cela n'est pas vraiment grave si cette pièce vient à manquer et que l'accident se termine par le décès d'une personne, puisqu’il y a une forte probabilité que cette personne ne sera probablement pas son frère, son père ou sa mère, etc. Belle façon d'appréhender la question, la situation, et ce, à plus forte raison, s'ils en viennent à envisager, ne serait-ce qu’un instant, les conséquences possibles de leur négligence ou d’un manquement quelconque à l’éthique du travail bien fait. Il est vraisemblable qu’ils n’en feront rien. Puisque la probabilité, le risque d’en être blâmé est à peu près nul.
Le pendant public de ce type de lacune (la perte de vue que sa contribution appartient à un ensemble plus vaste) observé dans le privé est le travail en silo des établissements, programmes ou services, c’est-à-dire le manque de collaboration et les défauts d’intégration entre et intra (à l’intérieur de) établissements, programmes, services. Tout cela a pour conséquence que les services sont plus dispendieux et moins efficaces. De là à prétendre que le privé ferait mieux en la matière, cela reste à démontrer parce que la recherche du profit oblige à des entourloupettes qui elles aussi peuvent avoir des effets sur les coûts (efficience) et les résultats des traitements, soit leur efficacité.
Que ce soit du côté privé ou public, les consommateurs ou les usager, de plus en plus, se demandent s'ils en ont pour leur argent. De part et d'autre, il existe encore des individus qui partagent les valeurs de l’éthique d’un travail bien fait et de la responsabilité et même de l’imputabilité au regard des biens et des services qu’ils ont produit. Cependant, bon nombre les ont perdues ou mises aux oubliettes. Par conséquent, les deux systèmes ont des efforts à faire pour s'améliorer. L'un n'est pas meilleur que l'autre. En effet, il nous est facile de constater que les symptômes observés tant dans le privé que dans le public se ressemblent et ce, même si les causes sont dissemblables. Dans cette optique, à mon avis, le Salut de notre Société québécoise ou canadienne, ne peut passer seulement par le Privé, ni par le Public, pris dans leur spécificité. Il ne peut que passer par l'un et l'autre, et l'un avec l'autre, et ce, en autant qu’ils s’améliorent l’un et l’autre.
Jean-Guy Goderre
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