Un nouveau film pour Arcand? Les voleurs de démocratie!
Le quatrième pouvoir est passé à l’ennemi!
2005-10-18 10:45 - Éditorial
- / LBR.ca / - TVA a certainement profité de l’été pour peaufiner sa stratégie afin d’améliorer ses émissions « d’information ». Avez-vous remarqué le changement de comportement chez les deux animateurs vedettes Pierre Bruneau et Claude Charron ? C’est à croire qu’ils ont fait un stage d’immersion de quelques semaines avec l’équipe de l’émission JE. Leur style et leur approche se sont modifiés considérablement pour s’adapter à la scène et au show qu’ils doivent présenter et faire rouler. Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit maintenant, d’un show d’information!
Je pourrais vous citer plusieurs exemples, où le bon sens a fait place à la facilité, à la petitesse et à la confusion des genres. Manipulation de l’information, jugement de valeur, condamnation, redondance et désinformation sont désormais le lot quotidien de ce genre d’émission spectacle. Pour l’instant, je m’en tiendrai à un cas en particulier. Celui, où TVA, grâce à ses nouvelles acquisitions, son hélicoptère et sa caméra « haut de gamme », a eu l’occasion de prendre des images exclusives d’une arrestation, pour le moins discutable. Soit celle d’une femme et d’un homme qui venaient d’être poursuivis en voiture, suite à un vol qualifié. On peut y voir des scènes dans lesquelles certains excès de violence sont éloquents.
Certes, il y avait matière à présenter et à questionner l’événement. Mais là où le bât blesse, c’est la manière dont ils ont traité l’information, pour capter leur auditoire et tirer profit de la situation. Pour les besoins de la cause, ils ont carrément donné; dans l’émission spectacle. On nous présentait, à tour de rôle, journalistes, animateurs et toutes sortes d’intervenants pour entretenir par divers stratagèmes l’attention du public, sur les vilains garnements qui s’étaient malencontreusement fait prendre en faute. Un délit d’ailleurs qui prenait de plus en plus d’ampleur à mesure que le show progressait.
Tous les moyens possibles étaient utilisés pour soutenir l’intérêt des téléspectateurs. J’entends encore leur commentateur Claude Poirier venir interpeller directement le chef du service de police de la Ville de Montréal, monsieur Yan Delorme, pour qu’il vienne devant leur caméra subir le procès sur leurs interventions et encaisser leurs jugements personnels sur l’incident. Ils se sont comportés comme de vrais inquisiteurs, sans la réserve que commande pourtant de telles situations, lorsque l’on prétend être des professionnels de l’information. « The show must go on » !
Un mot à monsieur Claude Charron
Monsieur Charron, vous nous aviez habitués à un autre genre d’homme. À quelqu’un, pour qui le respect du citoyen était le fil conducteur dans ses interventions et ses commentaires d’opinion. Vous voir ainsi, depuis quelques temps, jouer un nouveau rôle, dans lequel on perçoit dans vos échanges avec vos interlocuteurs, du scepticisme, des jugements de valeurs et même de l’impatience qui vous pousse, à l’occasion, à tomber bêtement dans la démagogie, vous ramène à un tout autre échelon. Je me demande finalement si vous ne seriez pas plus confortable à l’émission de François Paradis sur l’heure du midi dans l’animation d’un débat/show. Ou encore, co-animateur à TQS avec Jean-Luc Mongrain, pour l’accompagner lors de ses sursauts de révolte. Êtes-vous, vous aussi, passé à la mode du « va comme je te pousse »?
Le quatrième pouvoir est passé à l’ennemi!
Il fut un temps ou les médias représentaient un rempart pour les citoyens face aux pouvoirs politiques et financiers. On appelait ça; le quatrième pouvoir. On comptait sur le sens civique des médias, le courage de certains journalistes intrépides et leur sens critique pour défendre et faire valoir les droits bafoués des gens ordinaires.
Force nous est de constater que maintenant, ce pouvoir sert davantage les intérêts des médias eux-mêmes et celui des entreprises qu’ils desservent. Pour arriver à leurs fins, ils n’hésitent plus à manipuler et à contaminer les informations. L’information est devenue un enjeu financier majeur et les règles de la jungle y retrouvent le droit de cité. L’offensive de ce nouveau pouvoir qui trahit les citoyens et qui est passé sans vergogne à l’ennemi n’a plus de limite. Le phénomène s’amplifie de jour en jour, et, pour être un peu plus théâtral, disons que le monstre désormais, se nourrit par lui-même! Quel beau sujet pour un film!
Un nouveau film pour Arcand? Les voleurs de démocratie!
Quant à avoir adopté un nouveau style pour provoquer des débats, monsieur Arcand, pourquoi ne pas nous faire un petit film pour mettre sur la place publique un vrai scandale des temps modernes? Pourquoi ne pas nous montrer, d’une part, les effets négatifs de la concentration de la presse et la perversité de la convergence et, d’autre part, nous faire voir des points précis où les manques flagrants à la déontologie et l’éthique journalistique sont éloquents?????? Ça serait très vendant, je vous l’assure!
Pour le plaisir, je vous invite à faire le décompte du nombre de fois que le réseau TVA et LCN ont diffusé les images, les arrêts sur images et les reprises de l’événement à travers leurs diverses émissions et ce, pendant les deux ou trois jours qui ont suivi l’incident Péladeau. Laissez-le nous savoir, ça pourrait être intéressant! C’est peut-être, pour eux, une manière de rentabiliser rapidement leur investissement dans l’acquisition de leur hélicoptère et de leur caméra « haut de gamme ». Qui sait?
Ça dérape!
Non, je ne sais pas ce qui se passe ces temps-ci, mais j’ai l’impression que ça dérape. Le film de monsieur Arcand est questionnable sur les motifs réels poursuivis par ce nouveau genre de documentaire, qui n’en est peut-être pas un finalement. Les moyens utilisés pour provoquer un débat de cette importance, au risque de le biaiser et de faire plus de tort que de bien aux victimes elles-mêmes, nous invitent à une extrême prudence quant au cautionnement de ce genre d’approche. Chercher à rentabiliser un film et faire de l’éveil social, en faisant fi des intérêts premiers des citoyens, n’est peut-être pas la meilleure chose à faire. La mission du cinéma privé n’est certainement pas là.
Dans le même ordre d’idée, le cas de l’émission « Tout le monde en parle » présentée sur le réseau d’état n’est guère plus rassurant. Dans le cas du docteur Pierre Mailloux par exemple, on lui fait volontairement répéter une ineptie connue et qui a déjà fait l’objet de controverse, et on laisse délibérément aller la chose sans aucun égard à la population, simplement pour mousser ses cotes d’écoute, ça sort de l’acceptabilité sociale. N’oubliez pas, que Guy A. Lepage a mentionné après l’événement qu’il classait son émission dans la catégorie information et ce, contrairement au président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), monsieur Alain Gravel, qui lui nous signalait qu’il fallait voir ce genre de spectacle comme une émission de variété. Hum!
D’autres faits tout aussi troublants nous montrent une escalade dangereuse dans cette guerre d’intérêt. L’information est un élément de base de notre système démocratique et elle est en train de nous échapper. Non, la démocratie ce n’est pas de se faire manipuler ainsi par des médias. Au voleur!