- / LBR.ca / - À seulement quelques minutes au nord d’Alma, la petite municipalité de l’Ascension offre d’intéressantes possibilités de villégiature. De nombreux petits lacs parsemés ici et là sur son territoire ont permis à des centaines de gens d’y réaliser leur rêve : vivre dans la nature de manière saisonnière ou permanente. Cette vie en villégiature est une richesse indéniable et un symbole sans contredit de notre qualité de vie régionale. Elle fait l’envie d’un bon nombre de personnes qui, regroupées dans les grands centres urbains, n’ont pratiquement plus la chance d’y avoir accès : faute d’espaces et de ressources financières. Ne devrait-on pas protéger de manière optimale ces lieux particuliers, cette richesse collective?
Dégradation de la zone de villégiature
L’implantation récente de l’usine de sciage PH Lemay, acquise récemment par la compagnie Cascades, ainsi que la conversion de quelques lots privés en bleuetière sont venues dramatiquement perturber un des beaux lieux de villégiature de cette municipalité. Il s’agit d’un territoire qui regroupe sur un ou deux kilomètres six ou sept petits lacs. Le secteur le plus affecté, particulièrement par ce bouleversement, est celui des petits lacs Bleus Harvey-Renaud où plus d’une centaine de propriétaires sont impliqués dans cette galère.
La dégradation de certaines caractéristiques de cette zone de villégiature a été outrageuse à bien des égards. L’usine de sciage entraîne toutes sortes d’activités reliées à ce domaine, tels le transport de bois et sa manipulation dans la cours, la coupe extérieure du bois, les aménagements et l’entretien général, etc. Tout ce va-et-vient de la machinerie, combiné aux bruits de fond de l’usine, a modifié radicalement la quiétude du secteur. La bleuetière, quant à elle, située à peine à 100 mètres des abords des lacs, est venue altérer le paysage et gâter l'atmosphère. De plus, elle a contribué à l’amplification significative du tintamarre des activités de l’usine.
Du déjà vu, du déjà entendu
Cette situation n’est pas unique. Beaucoup d’autres personnes ailleurs ont déjà vécu le même scénario. Nous avons eu l’occasion, à quelques reprises, de voir des émissions de télévision nous présenter des dossiers similaires, où des activités industrielles et commerciales venaient perturber la qualité de vie des résidents qui vivaient à proximité de ces entreprises. Dans la plupart des cas, après moult tergiversations et des compromis de part et d’autre, on finissait par solutionner en partie le problème ou, du moins, temporiser le conflit : en mettant en place des mesures d’atténuation.
Dans le cas présent, il est question de mur coupe son, de plantation d’arbres ––Pourtant, on a autorisé le rasage des deux lots séparant l’usine des villégiateurs, même si on était en connaissance du problème. Trouvez l’erreur!— , et de quelques autres actions laissées bien souvent au bon vouloir de l’entreprise. Le dossier suit son cours comme diraient certains. Mais rien ne change et pire encore, la situation s’aggrave.
Le droit des uns et le droit des autres
Ce qui est un peu triste dans cette histoire, c’est qu’on a réussi, encore une fois, à créer une situation où des citoyens doivent se battre pour faire valoir leurs droits. Ce faisant, on les pousse à jouer le mauvais rôle, soit celui de plaignant et de revendicateur. On les accuse déjà d’être ceux qui risquent de faire perdre des emplois, si chèrement acquis, en exigeant que la situation soit corrigée. Pourtant, ils sont là depuis des décennies et ce sont eux qui ont été agressés dans leur vie quotidienne! On a modifié substantiellement leur qualité de vie et, qui plus est, en affectant la valeur marchande de leur propriété.
De plus, lorsque ces personnes tentent de se faire entendre, ils se retrouvent devant des élus qui cherchent à justifier leurs décisions. On ne les écoute pas! On leur explique simplement toutes les difficultés présentes et futures en leur faisant habilement miroiter toutes les conséquences de leurs interventions. On se justifie en disant que les normes et les lois sont respectées, comme si le problème disparaissait pour autant. Non, on ne veut rien entendre et le problème persiste.
Il est certain que ça prend du courage pour s’investir dans une telle démarche, auprès d’une entreprise qui dans la plupart des cas se faufile derrière des normes, des droits et les coûts que peuvent engendrer certaines mesures d’atténuation. Mais n’est-ce pas là le rôle des élus que de voir aux préoccupations légitimes de tous leurs citoyens? D’être des leaders qui sauront regrouper et faire cheminer les divers intervenants au dossier afin de trouver les solutions les plus appropriées?
Le développement durable ça englobe l’aspect social
Le développement durable (économie – environnement – social) n’est pas juste un concept. C’est aussi une réalité dans le quotidien. Dans le cas présent, l’aspect économique a trouvé son chemin et a été créateur d’emploi et c’est tant mieux. L’aspect environnemental est questionnable sous plusieurs angles et on pourrait se demander, dans ce cas-ci, si la gestion des lots intra municipaux par la MRC s’est avérée plus propice au respect des intérêts des utilisateurs du territoire. Quant à l’aspect social, il a été complètement escamoté : privant ainsi des citoyens de leur droit les plus élémentaires. Lorsque dans un lieu de villégiature, on doit fermer ses fenêtres pour dormir, il est peut-être à propos de constater et reconnaître qu’il existe bel et bien un problème.
La moindre des choses, dans ce cas-ci, ce serait au moins d’écouter les gens. Il faut par la suite prendre acte de la situation et mettre en place des actions précises pour corriger du mieux possible ces erreurs de parcours. Sans cela, les mots développement durable n’auront plus aucune signification. Le citoyen n’est pas dupe!
Souhaitons qu’on ne pousse pas ces gens à manifester dans les rues de la municipalité, devant les bureaux de la MRC, aux locaux du ministère de l’environnement ou encore aux portes mêmes de cette usine moderne pour se faire entendre. À moins qu’on préfère que ces personnes s’en remettent à des émissions, tel JE pour faire bouger les choses. Là, ça devient carrément gênant!
Comment se fait-il que l’on puisse encore en 2005 arriver à de telle situation? Y aurait-il une personne, quelque part, qui n’aurait pas fait son travail, dans cette région où pourtant le terme développement durable est si omniprésent ? L’acceptabilité sociale d’un projet ne peut se faire au détriment des uns ou des autres!
Alain Bergeron
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