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Excellentes perspectives d’emploi pour les jeunes, à la condition que…

Entrevue avec M. Clément Desbiens, économiste chez Emploi-Québec.
2008-05-06 14:44 - Entrevue


Cet article fait partie du dossier spécial Technosciences : des carrières allumées.
Clément Desbiens, économiste chez Emploi-Québec
Clément Desbiens, économiste chez Emploi-Québec

Conseil du loisir scientifique (CLS) : Quelle est votre fonction au sein de l’organisme Emploi-Québec?

Je suis économiste pour la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean. J’effectue des analyses du marché du travail. Je réalise des suivis de conjoncture et je fais les prévisions par secteur d’activité économique et par profession.

CLS : La pénurie de main-d’oeuvre annoncée est-elle aussi alarmante que les médias peuvent le laisser croire?

Les pénuries ont le dos large! C’est sûr que ça fait de beaux titres dans les journaux et que cela ajoute de l’intérêt aux nouvelles. Mais qu’est-ce qu’une pénurie ? Une pénurie, c’est un manque de quelque chose pour combler une demande. Dans la région, il y a certes des entreprises qui éprouvent des difficultés de recrutement, je le reconnais, mais de là à affirmer que la région est présentement en mode « pénurie », il y a un bout de chemin à faire que je ne fais pas.

CLS : Mais il y a des secteurs d’emploi où la situation est criante. Pensons seulement aux travailleurs de la forêt. Prenons les planteurs d’arbres, par exemple?

Oui, c’est vrai, vous avez raison. Et c’est la même chose en agriculture. En fait, plus les conditions d’exercices de la profession sont difficiles, moins les gens sont motivés pour occuper ces postes. Il reste que ce sont des cas isolés, ce n’est pas généralisé.

CLS : Et pour d’autres entreprises, pensons aux professionnels du génie. Lorsqu’une entreprise comme RioTinto–Alcan, offre une prime à ses employés pour faciliter le recrutement des ingénieurs, ce n’est pas un signal d’alarme?

Le secteur du génie profite de perspectives d’emploi plutôt favorables non seulement dans la région, mais partout au Québec. Une bonne partie des finissants en génie obtiennent un emploi avant la fin des études. La main-d'oeuvre dans ce domaine commence à se faire de plus en plus rare et la compétition entre les entreprises se fera de plus en plus par les salaires, ce qui est à l’avantage des travailleurs.

CLS : Donc, les difficultés de recrutement ne sont pas le seul fait de conditions de travail difficiles?

En effet, il y aussi d’autres problèmes qui expliquent les difficultés de recrutement. Nos enquêtes révèlent que plus de la moitié des employeurs éprouvent des difficultés à embaucher des travailleurs pour d’autres motifs que la simple correspondance entre les qualifications professionnelles des candidats et les exigences requises pour occuper les postes.

Il y en a autant qui mentionnent des difficultés reliées à la personnalité même de l’individu. Il est question alors de savoir-être, de cette capacité de travailler en équipe, de savoir communiquer ou de résoudre des problèmes. Bref, des aptitudes que certains chercheurs d’emploi n’ont pas développées au cours de leur vie. Depuis plusieurs années, lorsqu’un employeur embauche, ces critères sont aussi importants que l’expérience et les qualifications.

CLS : Quel autre facteur pourrait compliquer le recrutement ?

Comme on le dit, le bonheur des uns fait le malheur des autres! Le taux actuel de chômage de la région est d’environ 9 %, alors qu’il a déjà été de 11 % et même de 13 %. Mais, voilà, puisqu’il y a moins de chômeurs, les employeurs éprouvent davantage de difficultés à recruter. C’est logique, mais ça complique le travail des gens aux ressources humaines et ça contribue à laisser planer cette idée de rareté de main-d’oeuvre!

CLS : Est-ce que cette situation « particulière », un taux de chômage de 9%, pourrait affecter le rendement des entreprises ?

Je ne crois pas. Il faudrait que le taux de chômage baisse encore de beaucoup pour que les entreprises connaissent des difficultés si grandes que cela nuise de façon marquée à leur bon fonctionnement et à la bonne tenue de l’économie. Il y en a probablement qui doivent patienter plusieurs semaines pour trouver « chaussures à leurs pieds », mais n’oublions pas que nous vivons dans une région ouverte sur le monde, que la qualité de vie est attrayante et que la main-d’œuvre est mobile.

CLS : Et si l’on abordait la question des carrières en sciences. Parmi les postes à combler dans la région, quel serait le pourcentage attribuable aux professions techniques et scientifiques ?

En excluant les professions de la santé, on pourrait évaluer à environ 5% la proportion des emplois attribuables aux sciences naturelles et appliquées. En général, les perspectives dans ces professions, de niveau universitaire et collégial, sont plutôt favorables. La compétition n’est pas très forte pour les emplois disponibles. Même s’il est vrai que dans le passé, plusieurs jeunes devaient quitter la région pour occuper des postes correspondant à leurs formations, la tendance pourrait se renverser.

CLS : Ha oui, pouvez-vous expliquer davantage…

En fait, l’activité économique de la région évolue. Auparavant, on se contentait d’extraire les matières premières. Aujourd’hui, on les transforme davantage et on veut en faire encore plus, on veut faire davantage de produits à valeur ajoutée. Donc, les entreprises qui cherchent à diversifier leurs activités doivent disposer d’une main-d’œuvre différente de celle du passé. On aura toujours besoin de chauffeurs de camions, mais pour réussir à concevoir des produits concurrentiels sur les marchés, ça prend du personnel plus spécialisé. Plusieurs ouvriers cèdent leur place à des techniciens.

CLS : Que s’est-il passé ou plutôt que se passe-t-il pour que la tendance change?

Les dernières années ont été marquées par des changements technologiques et organisationnels. Les économies se mondialisent, la concurrence vient de partout. Nous avons énormément de difficultés à combattre les économies à faible coût de main-d'oeuvre. Les entreprises qui oeuvrent dans des produits de niche se mettent un peu à l’abri de cette concurrence. Ces entreprises, dans ces domaines spécialisés, ont besoin d‘une main-d'œuvre qualifiée.

Nous vivons en plus un affaissement de la demande du côté de l’industrie forestière. Ce problème est conjoncturel, la tempête va finir par se calmer. Nous avons la ressource, il ne faut pas la laisser tomber, il faut continuer de l’exploiter, à son mieux! Les ingénieurs et les techniciens spécialisés dans le domaine vivent des heures difficiles, mais la situation sera meilleure dans quelques temps.

CLS : Et l’aluminium ?

L’aluminium, c’est le «deuxième poumon» de l’économie du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Nous avons l’énergie et les usines sont compétitives. Il y a de l’avenir dans la transformation; le chemin de la réussite est ponctué d’échecs et c’est normal.

En fait, le développement de PME spécialisées dans la transformation est grandement favorisé avec la présence d’infrastructures de développement majeures comme le Centre de développement de l’aluminium à l’UQAC, le Centre québécois de développement de l’aluminium (CQRDA) et la Société de la vallée de l’aluminium. L’avenir s’annonce intéressant pour nos entreprises et pour les jeunes d’ici. À la condition, bien sûr, qu’ils allouent l’énergie nécessaire pour développer leurs compétences. Et des programmes pour se former dans la région, il y en a !

CLS : Alors pourquoi les jeunes ne se bousculent-ils pas aux portes de ces établissements d’enseignements. Il semble que l’on pourrait doubler le nombre d’étudiants dans certains programmes. Que ce passe-t-il?

Je ne suis pas un spécialiste de la question. Je ne peux confirmer ce résultat. Mais l’information sur les professions, les perspectives d’emploi et les programmes de formation est abondante et facilement accessible. Il y a des sites Web spécialisés dans le domaine, notamment celui d’Emploi-Québec (IMT en ligne). L’information est disponible pour les jeunes et ils peuvent aussi compter sur le soutien de leurs conseillers en orientation.

CLS En terminant, êtes-vous optimiste pour l’avenir des jeunes dans la région ?

Certainement et plus que jamais! Je m’explique. Selon nos prévisions, il faudra combler environ 18 000 postes pour remplacer les baby-boomers qui prendront leur retraite au cours des cinq prochaines années. Et les entreprises chercheront à remplacer ces personnes. Ce remplacement se produira dans tous les secteurs d’activité économique, dans tous les domaines professionnels.

Bon, il est évident que la majorité de ces postes seront regroupés dans les secteurs du commerce au détail, des métiers, du transport et de la machinerie. Mais il y en aura également, en proportion, dans les disciplines scientifiques. En plus des besoins chez les infirmières, médecins et techniciens de la santé, on peut penser aux ingénieurs, techniciens et technologues apparentés. Bref, peut-être plus de postes à pourvoir que nous aurons de jeunes de la région pour les combler.

CLS : Votre optimisme me surprend.

En général, la situation des personnes sans emploi va s’améliorer dans la région. Il y aura moins de chômeurs, mais les personnes qui veulent intégrer un emploi devront être qualifiées. Si l’on parle des professions du domaine scientifique et technique, on sait que, déjà, le marché de l’emploi est plus «accueillant» pour ces professions. Avec le remplacement à venir, la demande sera encore plus forte. Or, comme leur taux de chômage est actuellement relativement bas, et devrait le rester ou encore diminuer davantage, le jeu de l’offre et de la demande jouera en leur faveur.

CLS : Si vous aviez un conseil à donner aux jeunes de la région, ce serait quoi ?

Nous en avons discuté tout au long de l’entrevue, il y aura de plus en plus d’emplois disponibles au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Mais, faut-il le rappeler, les exigences des employeurs augmentent; ils recherchent des personnes qualifiées, avec un diplôme.

Alors, si j’ai un conseil à donner aux jeunes, il se résume à ceci : étudiez et rendez vous jusqu’au bout de votre formation! Tôt ou tard, il y aura un emploi pour vous…

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Entrevue animée par Jean-Phillippe Poulin, agent de communication pour le Conseil du loisir scientifique du Saguenay–lac-Saint-Jean. Propos recueillis et rédigés par René Bouchard, coordonnateur du programme Les coulisses de la science.
 
La semaine prochaine : nous sonderons l’opinion des employeurs…

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