Réaction à l'article : Le recrutement des professionnels hautement qualifiés.
La pénurie de main-d'oeuvre dans les secteurs de la technologie et des sciences ne sera pas uniquement un boulet pour la région, mais peut fort bien devenir un véritable piège.
2008-04-29 17:32 - Commentaire d'opinion
- / LBR.ca / - La pénurie de main-d'oeuvre dans les secteurs de la technologie et des sciences ne sera pas uniquement un boulet pour la région, mais peut fort bien devenir un véritable piège. En conservant une majorité de nos emplois dans les industries lourdes et les ressources naturelles, nous finirons par nous tirer dans le pied. Le mouvement de la mondialisation entraîne la production de pâtes et papiers concurrentiels ailleurs dans le monde. Les produits asiatiques dans ce domaine sont nettement moins chers que les nôtres en raison du faible coût de la main-d'oeuvre et des matières premières. Quant à l'aluminium, la production tend également à être déportée vers d'autres régions du globe; il ne reste guère que l'énergie à faible coût à retenir l'industrie ici, et encore. Lorsque ces emplois se raréfieront, si notre région ne s'est pas dotée d'entreprises technologiques et scientifiques et n'est donc pas prête à mettre en marché des produits à forte valeur ajoutée ou des connaissances, ce sera notre mort économique pure et simple, et les gens des grands centres auront eu raison de dire que les régions n'étaient que des malades en phase terminale. Je m'oppose violemment à cette conception; il nous faut placer le Saguenay-Lac-St-Jean sur les électrochocs, et c'est encore possible.
Un premier problème est celui de la culture des jeunes. On ne pourra pas m'accuser d'être un adulte qui déverse son fiel sur la nouvelle génération, puisque j'en fais moi-même partie (j'ai 18 ans). Tout d'abord, nous sommes confrontés à un dilemme. Le vieillissement de la population nous confrontera probablement à une pénurie de main-d'oeuvre généralisée; c'est un problème réel duquel nous devons parler. Toutefois, les jeunes reçoivent simultanément le message que, lorsqu'ils arriveront sur le marché du travail, il y aura deux voire trois emplois par tête. Nombreux sont ceux qui réagiront en se disant qu'ils n'ont pas vraiment besoin de donner leur 100%, puisqu'ils ne feront face à aucune concurrence lorsqu'ils deviendront des salariés. Cela laisse également entrevoir des jours sombres pour la productivité.
Par ailleurs, l'individualisme et la culture absolue de l'argent font que l'on recherche les emplois bien rémunérés et n'exigeant pas trop de travail (pas nécessairement pendant, mais bien avant l'obtention dudit emploi, donc pendant les études). Les secteurs où les études sont réputées plus faciles sont donc très courus, alors que les programmes scientifiques, demandant plus d'engagement, se voient désertés. On le constate bien dans les chiffres exposés par M. Bouchard. Une première solution peut donc consister à rehausser les standards professionnels dans tous les secteurs d'activité. Pour connaître certains étudiants en éducation au secondaire, par exemple, j'ai appris que le programme est peu exigeant. La cote R pour y accéder est d'ailleurs fixée à 24 environ (note très moyenne), la plupart du temps obtenue dans le programme des sciences humaines. À titre de comparaison, il faut une cote R de plus de 30 (excellents résultats) dans le domaine des sciences de la nature pour être assuré de bien performer dans les programmes scientifiques universitaires. Pourquoi alors ne pas demander plus de qualité pour nos futurs enseignants? Cette branche cessera alors d'être un déversoir pour les gens qui ne veulent pas trop travailler. (À noter que je ne dis pas ici que les enseignants ne sont pas en général compétents; il existe toutefois un glissement notable dans la formation à l'heure actuelle. Il faudrait, parallèlement à cela, publiciser massivement le programme des sciences de la nature.
Nous sommes confrontés à un autre paradoxe. Proportionnellement à notre population, nos jeunes sont ceux qui participent les plus nombreux aux Expo-Sciences dans leur jeunesse, ce qui représente un point très positif. À l'opposé, on souligne relativement peu leur succès par la suite; on préfère parler de sports. Comme je l'ai déjà dit, sans sous-entendre qu'il faut cesser de se préoccuper des réussites sportives des jeunes, nous avons à revoir toute notre culture face à la science et aux activités intellectuelles. Si le milieu n'est pas porté à valoriser les sciences de la nature, comment les jeunes voudraient-ils s'y orienter? On entend la plupart du temps que c'est un programme exigeant (ce qui est le cas), mais beaucoup plus rarement de ses aspects positifs, comme les nombreuses activités proposées aux étudiants, le support actif des professeurs, etc.
C'est tout un renversement de culture et de mentalité auquel il faut procéder. Cela demandera beaucoup de travail et probablement quelques mesures plus corsées. Il faut de l'argent pour promouvoir les sciences (à quoi bon former les jeunes si par la suite aucun fonds n'est disponible pour la recherche?) et les entreprises technologiques. Il faut publiciser à plus grande échelle les sciences. Il faut, surtout, court-circuiter la loi du moindre effort qui émerge chez les jeunes.