- / LBR.ca / - Notre région est entrée dans une phase cruciale de son développement, un virage essentiel vers une économie novatrice et complexe, celle du savoir.
Si les Jeannois et Saguenéens excellent déjà dans plusieurs secteurs d’activités liés à cette économie, notamment pour la transformation de l’aluminium, le développement de nouveaux produits et services à valeur ajoutée doit être accéléré pour que la région puisse prospérer.
Le recrutement d’une main-d’œuvre hautement qualifiée est donc au cœur de la conjoncture actuelle, laquelle nous interpelle vivement. Étant un organisme voué à la promotion des sciences, nous tenterons – modestement – d’anticiper les enjeux liés à la formation des jeunes et laisserons émerger l’opinion des spécialistes, en rapportant leurs propos dans cette série de chroniques.
Avant d’aller plus loin, il importe de préciser ce que l’on entend par main-d’œuvre hautement qualifiée. Nous retiendrons la définition du Conseil de la science et de la technologie, laquelle ne s’applique pas nécessairement aux professionnels des sciences de la santé.
« Les travailleurs hautement qualifiés sont des "acteurs du progrès" au sens où ils contribuent de façon centrale au développement de toute la société. En tant qu’agents d’innovation, ce sont eux qui déterminent largement la capacité créatrice des organisations, de même que leur aptitude à générer ou à intégrer de nouveaux savoirs et de nouvelles technologies, à trouver des solutions originales aux problèmes qu’elles éprouvent ou à mettre en oeuvre de nouveaux modes de gestion plus efficaces. »
En somme, ces professionnels des sciences sont des ingénieurs, des chimistes, des biologistes, des technologues de procédés, des géologues, des informaticiens, etc. Alors que la plupart d’entre eux ont réalisé des études universitaires, les autres possèdent des qualifications de niveau collégial, notamment dans les programmes techniques. Ces spécialistes sont indispensables au développement des sociétés modernes. (voir ci-dessous: Tableau illustrant la classification industrielle du secteur des entreprises)
Afin de mettre en perspective la performance du Québec dans le monde, voici l’une des conclusions du dernier rapport de conjoncture publié en mars 2008 par le Conseil de la science et de la technologie.
« Le Québec jouit d’une bonne réputation. Au cours des dernières décennies, le niveau de scolarité de sa population s’est accru de façon remarquable. La diplômation universitaire se compare aujourd’hui à celle de la plupart des pays industrialisés. [La province] affiche aussi une bonne performance au chapitre de l’emploi hautement qualifié. Entre 2003 et 2006, ce type d’emploi a augmenté de 3,5 %, soit presque deux fois plus rapidement qu’entre 2000 et 2003. »
Or, si le Québec, dans son ensemble, se classe plutôt bien sur l’échiquier mondial de la diplômation universitaire, quelle est la situation du Saguenay–Lac-Saint-Jean?
Des effectifs à dynamiser
Selon les renseignements publiés par l’Institut de la statistique du Québec, plus 26 800 Jeannois et Saguenéens étaient titulaires d’un certificat ou diplôme universitaire lors du recensement de 2001. Soit, près de 12% de la population alors que le moyenne québécoise s’établissait à 17,2%, toutes disciplines confondues. Ce qui représente un écart de 5% de diplômés universitaires en moins que la moyenne générale du Québec. En ce qui concerne les études collégiales, la proportion de diplômés s’établissait pour la région à 14,5%, contre 14,2% pour l’ensemble du Québec.
Afin de vérifier notre performance collective dans les facultés universitaires, nous avons demandé à un spécialiste du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport d'extraire de ces bases de données, le nombre d’étudiants originaires du Saguenay–Lac-Saint-Jean inscrits dans des programmes en sciences appliquées (ex. : génie) et en sciences pures (ex. : biologie). Il faut toutefois préciser que ce sont des données brutes et il serait souhaitable que des chercheurs en peaufine les résultats en fonction de critères plus précis.
(Voir tableau ci-dessous)
Une tendance qui s’affirme : la décroissance
Ainsi, de 2001 à 2006, le nombre d’étudiants au baccalauréat en sciences appliquées au Québec a légèrement diminué et la même tendance a été observée pour les étudiants originaires de la région. Notre effectif régional est donc passé de 1028 étudiants, en 2001, à 789 pour l’année 2006. En sciences pures, alors qu’à l’échelle provinciale on connaissait une augmentation de plus de 600 inscriptions, l’effectif de la région a diminué de quelque 80 étudiants, pour s’établir à 68 aspirants au baccalauréat.
Pour résumer, en seulement 5 ans, le nombre d’étudiants en sciences pures et appliquées originaires de la région a diminué d’environ 20%. Cela peut se traduire par un manque anticipé d’environ 250 scientifiques pour combler les futurs postes à pourvoir.
Soulignons toutefois que la région a réalisé un gain de près de 300 étudiants dans les autres disciplines universitaires et que notre présence à la maîtrise et au doctorat a légèrement augmenté. Comme il est également possible de le constater sur le tableau comparatif des trois régions recensées, le gain d’effectifs étudiants pour ces disciplines (+300), équivaut environ à la perte d’étudiants en sciences pures et appliquées (-250). Assiste-t-on à un déplacement de clientèles sans motifs précis ou à une possible désaffection des jeunes pour les carrières scientifiques? L’analyse des demandes d’admission dans les cégeps pourrait nous orienter sur des pistes…
L’énigmatique disparité interrégionale
Nous avons comparé les demandes d’admission en Sciences de la nature de trois grandes régions du Québec pour la période s’étendant de 2002 à 2008, soit : la région de Montréal, la région de Québec et celle du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Premier constat : le nombre d’étudiants pour les régions de Québec et de Montréal augmente alors que pour les jeunes d’ici, on constate une diminution progressive*.
* Cette diminution est possiblement attribuable au fait que les commissions scolaires du Saguenay–Lac-St-Jean ont connu, entre 2002 et 2008, une diminution approximative de 6000 jeunes.
Pendant la même période, alors que le pourcentage moyen des demandes d’admission en Sciences de la nature à Montréal s’établissait à 13,4 %, celui de la région de Québec à 11,1 %, le nôtre diminuait à environ 9,5 %, soit un écart de près de 4 % avec les jeunes du Montréal métropolitain.
Nul doute que plusieurs facteurs dont nous ne maîtrisons pas les subtilités peuvent influencer ces proportions. Quoi qu’il en soit, un fait demeure : le programme des Sciences de la nature constitue la trajectoire idéale pour former des techniciens hautement spécialisés et des candidats aux études universitaires. À plus long terme, ce 4 % en moins, pourrait stimuler une disparité croissante entre les grands centres urbains et la région.
Pour l’instant, les causes de ce phénomène sont méconnues et la résultante sur la performance universitaire de notre région, l’est également. Outre ce questionnement qui fera l’objet d’une chronique ultérieure, un fait demeure : le nombre de scientifiques originaires de la région diminue, et la demande pour ces services hautement spécialisés augmente !
Que faut-il en déduire ?
Il appert que cette diminution des effectifs en sciences risque d’avoir un impact négatif sur le développement économique de la région et dans certains secteurs, notamment en génie, le problème de recrutement est déjà considéré comme très sérieux.
Par ailleurs, si l’on désire rompre avec notre tradition « d’exploitants de ressources naturelles brutes » et nous engager vers une économie plus complexe, où la connaissance est une composante décisive (
Archambault, 2004), il y a lieu de se questionner.
Disposerons-nous de cette main-d’œuvre essentielle pour relever le défi de la prospérité, et par surcroît, maintenir notre qualité de vie ?
La question, mérite à tout le moins, d’être posée….
René Bouchard M.Éd.
Coordonnateur du programme Les coulisses de la science
rbouchard@clssaglac.com
Web:
Les coulisses de la science