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La grappe aluminium au Saguenay-Lac-Saint-Jean

Marc-Urbain Proulx - CRDT-UQAC
2006-04-05 06:40 - Chronique


Cet article fait partie du dossier spécial Mouvement de l'économie régionale.

Le Saguenay–Lac-Saint-Jean jouit de plusieurs avantages dans le secteur de l’aluminium. À commencer par son bassin hydroélectrique qui fut le principal facteur de localisation de la Compagnie Alcan devenue depuis, le deuxième producteur d’aluminium primaire au monde. Cette production a plus que doublé depuis 20 ans dans la région avec l’implantation des usines La Baie, Laterrière et Alma. Alors que l’emploi relié à cette production a chuté du tiers sous l’impact des nouvelles technologies désormais utilisées.

Ainsi, les quatre complexes de l’aluminium de la région génèrent 1 050 000 tonnes de métal primaire (2003), correspondant à 45 % de la production québécoise et 5 % de la production mondiale. Ce qui occupe près de 6 500 personnes dans des emplois de qualité, dont 3 735 travailleurs directement associés au processus de production. Pour ce faire, Alcan bénéficie d’un excellent avantage relié à l’utilisation du bassin hydrographique régional qui lui permet de tirer son énergie à tarifs tout à fait préférentiels.

En matière de soutien technique, Alcan possède aussi son propre centre de R&D relativement important par ailleurs. Avec quelques chaires universitaires dédiées à cette industrie, certains programmes gouvernementaux de formation bien ciblés, trois centres de recherche publique, un centre régional de haute technologie, quatre collèges professionnels attentifs à la demande du marché du travail et plusieurs entreprises technologiques, la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean (principalement le corridor Alma - La Baie) abrite la plus grande concentration d’expertise en aluminium, au kilomètre carré, dans toute l’Amérique du Nord. La construction récente du CTA (centre des technologies de l’aluminium) et celle plus actuelle du pavillon du CURAL (Centre universitaire de recherche sur l’aluminium) sur le campus de l’UQAC, renforcent encore davantage la position régionale dans ce créneau industriel.

On constate ainsi dans cette région, la présence de nombreux éléments situés en aval de la filière industrielle. Ils fournissent en principe les intrants nécessaires aux activités de transformation du métal primaire. Ils représentent de fait, la base effective d’un véritable « district industriel » spécialisé dans l’aluminium, à l’image de celui qui fut imaginé plus généralement au début du XXème siècle par les pères de l’industrialisation régionale, dont Messieurs Dubuc, Guay et Duke représentent des figures de proue bien connues.

Que devient le district de l’aluminium ?

En matière de première transformation de l’aluminium, il existe en 2004 six entreprises qui assure 375 emplois, dont quatre unités de laminage (362 emplois) et deux autres unités dans le moulage (13 emplois). Puisqu’à l’échelle du Québec 11 et 29 établissements œuvrent respectivement dans le laminage (1 536 emplois) et le moulage (2 448 emplois), on constate que le Saguenay–Lac-Saint-Jean possède une part relativement faible de la première transformation québécoise, soit 9.4% des emplois. Et ce en dépit de la disponibilité des intrants tels que la matière première et l’expertise.

Dans les opérations de deuxième et troisième transformation de l’aluminium, 27 entreprises sont présentes en 2004 au Saguenay–-Lac-Saint-Jean. Douze de celles-ci furent créées entre 1980 et 1989, alors qu’une douzaine aussi sont apparues après 1990. Parmi celles-ci, 41 %, 37 % et 22 % œuvrent respectivement dans la construction, les équipements et le transport. Ces entreprises offrent un total de 818 emplois, dont 59 %, 30 % et 11 % respectivement dans les équipements, la construction et le transport. Puisqu’à l’échelle du Québec, il existe 541 entreprises bien présentes dans les 2ème et 3ème transformations de l’aluminium (20 531 emplois), on constate que le district industriel souhaité dans ce créneau au Saguenay–Lac-Saint-Jean occupe une part encore relativement faible des dits segments en aval de la filière de production, avec seulement 4 % des emplois reliés, du Québec.

Il apparaît à l’évidence, que les éléments de base du « district de l’aluminium » bien présents au Saguenay-Lac-Saint-Jean, ne provoquent que très peu la deuxième phase de l’industrialisation. En effet, selon notre mesure comparative, le district ou la grappe de l’aluminium s’avère encore au tout début de sa phase d’implantation au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Nous devons le constater, il s’agit en réalité d’un simple embryon de district industriel dans ce créneau pourtant bien pourvu en aval de la filière de production. Puisque le Québec occupe une place considérable dans l’industrie mondiale de l’aluminium et qu’il ne transforme que 23 % de sa production, il est logique d’avancer que le potentiel de développement de cette filière s’avère réel dans le futur, notamment au Saguenay–Lac-Saint-Jean qui renferme une masse critique importante d’expertise pour l’innovation dans les activités de 2ème et 3ème transformation. Tous les espoirs industriels semblent permis a priori. Mais comme disent les économistes, les faits ont la tête dure jusqu’à maintenant.

Les efforts actuels de soutien

À cet effet, la désignation en 2002 de la Vallée de l’aluminium accompagnée d’allègements fiscaux du gouvernement provincial, ainsi que la mise en place par Alcan d’un Bureau industriel régional en 2004 arrivent à point nommé pour relever d’importants défis. Parmi ceux-ci, il y a bien sûr le maillage des principaux acteurs déjà présents dans la région. Le réseau TransAl activé par le CQRDA (centre québécois de recherche et de développement de l’aluminium) représente certes une excellente initiative en ce sens. Aussi, de petits événements ponctuels tels que colloques, salons, séminaires et autres « happenings » ont lieu régulièrement. Des visites industrielles sont aussi organisées, autant dans la région qu’à l’extérieur. Bref, les principaux acteurs régionaux de l’industrie sont en contexte d’interaction. Interaction qui, en principe, génère la créativité et l’innovation dans la filière de production.

Au moment où le reste du Québec questionne les avantages consentis à la région dans ce créneau de l’aluminium, la réflexion des principaux acteurs régionaux à propos des avancées concrètes au cours des dernières années dans la lente structuration de cette filière de production s’avère tout à fait bienvenue. Malgré l’excellence de la réflexion individuelle de nos experts, plusieurs questions méritent certes qu’on s’y penche collectivement. Soulignons notamment l’enjeu de la prospection systématique de technologies, de capitaux et de promoteurs pour lequel les réponses actuelles semblent insatisfaisantes. Signalons en outre l’enjeu de l’accessibilité optimale des PME à la matière première dans le contexte où le producteur régional ne réussit pas actuellement à satisfaire entièrement la demande de ses diverses filiales qui oeuvrent un peu partout sur la planète dans la transformation. D’autres questions méritent l’intérêt collectif. Notamment, la question largement soulevée actuellement par les scientifiques à propos du rôle effectif des catalyseurs qui oeuvrent à la structuration des filières industrielles dans les cas étudiés en Europe, en Amérique et en Asie.

Dans le double contexte où le Saguenay-Lac-Saint-Jean s’avère tout à fait concurrentiel dans la production primaire de l’aluminium et que notre masse critique d’éléments en aval de la filière ne semble pas pour l’instant conduire à l’excellence de ce créneau industriel, les nouvelles réponses offertes par nos experts désignés s’avèrent certes appréciées par la population régionale en grave déficit démographique.

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