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La filière forêt - Marc-Urbain Proulx - CRDT - UQAC

Si la traite des fourrures a permis de découvrir et d’explorer la région, l’exploitation de la forêt pour en faire du bois d’œuvre s’avère à l’origine de l’occupation réelle du territoire.
2006-03-30 14:55 - Chronique


Cet article fait partie du dossier spécial Mouvement de l'économie régionale.

- / LBR.ca / - L’intensification de cette exploitation forestière grâce à la production de pulpes, de pâtes et ensuite de papier a généré, au tournant du XXe siècle, le premier véritable décollage industriel du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Aujourd’hui, malgré la très forte présence de l’industrie de l’aluminium, la forêt demeure le principal moteur de l’économie régionale avec ses quelque 500 entreprises actives (scieries; usines de pâtes et papiers, de panneaux, de poutrelles, de portes et fenêtres; transporteurs; opérateurs divers), 6 500 emplois dans la forêt, 6 000 emplois dans la première transformation, 2 500 emplois dans les deuxième et troisième transformations, etc. Bref, 40 % des emplois manufacturiers du Saguenay–Lac-Saint-Jean résident dans cette filière de la forêt.
On tire du parterre forestier régional de 80 000 kilomètres carrés dans la région plus de 20 % de la récolte québécoise, dont environ 81 % de résineux et 19 % de feuillus. Notons qu’en 2002, la forêt du Québec a généré 22,8 G$ de livraisons, soit 4,4 % du PIB. Ce qui a généré 11,6 G$ en exportation et 2,0 G$ de recettes fiscales. Notons aussi que 25 % des investissements manufacturiers du Québec sont effectués dans le secteur forestier qui comprend en tout autour de 89 000 emplois.

Les enjeux de la filière forêt

Selon notre lecture de la situation, la filière de la forêt fait face à quatre défis majeurs dans un avenir rapproché au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

D’abord, au niveau de l’exploitation qui en est faite. La forêt régionale est, depuis le début de son exploitation, en croissance de production de matière première. L’emploi a suivi cette croissance, mais à un rythme beaucoup plus lent étant donné les gains techniques et technologiques largement responsables de la hausse de production. À titre d’exemples récents, entre 1991 et 2002 au Québec, les livraisons de bois se sont accrues de 175 % alors que l’emploi n’a augmenté que de 75 %; du côté des pâtes et papier, l’emploi a chuté de 17 % pendant cette période qui a vu les livraisons augmenter de 70 %. Croissance de production qui est désormais terminée puisque des réductions dans les droits de coupe forestière seront appliquées très bientôt dans un esprit de durabilité.

Bien que les plans de gestion de la forêt soient exécutés, la possibilité forestière (publique) de plus de 9 millions de mètres cubes de SEPM (sapin – épinette – pin gris – mélèze) dans la région Saguenay–Lac-Saint-Jean s’avère actuellement attribuée à 95 %. Attribution presque maximale qui est récoltée par ailleurs à 99 %.

Cette situation de saturation régionale laisse peu de place au développement de nouveaux projets, sauf ce qui concerne l’exploitation des feuillus. En tenant compte du partage actuel de la forêt entre les différents utilisateurs et aussi en considérant les zones protégées décrétées et à désigner par décrets, le potentiel de la forêt publique du Saguenay–Lac-Saint-Jean ne laisse qu’une faible marge de manœuvre aux industriels forestiers. Les approvisionnements baisseront à l’évidence en appliquant les recommandations du Rapport Coulombe. Pour maintenir le plus possible ces approvisionnements au cours des prochaines années afin de rester compétitifs sur un marché mondial fortement concurrentiel, il faudra intensifier les efforts d’aménagement forestier, rationaliser les opérations de coupe, exploiter les essences sous-utilisées et effectuer de la R&D en amont et en aval de la filière forestière.

À cet effet, le deuxième enjeu majeur auquel est confronté le milieu forestier de la région est sans contredit la pénurie importante de travailleurs forestiers et sylvicoles. Les besoins de main-d’œuvre en forêt sont immédiats. Et ils s’accentueront au cours des prochaines années dans le cadre du nécessaire jardinage de la forêt. En réalité, les programmes de formation professionnels, collégiaux et universitaires accusent une baisse d’inscription depuis quelques années. La profession est totalement dévalorisée auprès des jeunes. À titre d’exemple, en 1991, il y avait 95 inscriptions en technologie forestière comparativement à 15 inscriptions en 2004. Une vaste campagne de revalorisation des métiers de la forêt s’impose auprès des jeunes et de la population en général.

Le troisième enjeu d’importance pour la filière forêt dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean concerne le mouvement d’intégration des unités de production qui s’accentue actuellement avec l’arrivée des scieries géantes. Car les nouvelles technologies s’inscrivent désormais dans des unités de production à grands gabarits. Lorsque des investissements sont effectués en ce sens, les nouvelles unités géantes remplacent en réalité plusieurs petites de manière à obtenir les droits d’accès à la matière ligneuse. Lorsque le conflit du bois d’œuvre sera résolu, on peut ainsi s’attendre à une vague de nouveaux investissements dans l’industrie déjà très concentrée qui élimineront de nombreuses petites scieries. Déjà, il est possible de pointer les unités à risques élevés, et leur village de localisation, tout simplement en effectuant un diagnostic technologique rapide. Une bonne idée serait peut-être de cibler les unités condamnées et de se préparer au drame appréhendé par des mesures publiques d’atténuation des effets négatifs.

Le virage déjà amorcé vers la deuxième et troisième transformation de la matière première s’avère essentiel pour les industries régionales exploitant non seulement l’aluminium, mais aussi la forêt. Il s’agit du quatrième enjeu d’importance pour cette filière économique. À cet effet, si la part du Saguenay–Lac-Saint-Jean dans l’industrie du sciage de résineux représente 22 % de la production québécoise, force est de constater que la deuxième transformation (6 %) et la troisième transformation (2 %) possèdent des ratios beaucoup plus bas que le potentiel théorique de 20 % correspondant à la part régionale de la forêt québécoise.

Or, les entreprises dans la transformation du bois éprouvent souvent des difficultés importantes en phase de démarrage. Il sera donc nécessaire de les soutenir davantage au cours de leurs premières années d’opération qui s’avèrent souvent critiques, voir fatales. Par ailleurs, si les approvisionnements continuent de diminuer dans la région, il sera plus difficile d’attirer des entreprises de transformation, car nous n’aurons pas suffisamment de ressources à mettre à leur disposition. Il faudra innover sous cet angle aussi.

Au cours des prochaines années, il ne sera plus possible de maintenir la croissance économique du secteur forestier au même rythme connu depuis les dernières années décennies. Ce secteur d’activité est fragilisé notamment sous l’angle de la ressource et de l’emploi. Des mesures devront être prises rapidement afin d’éviter que ce secteur vital à l’économie régionale ne décline de façon trop importante. Une meilleure structuration de la filière forestière représente le défi principal, notamment dans les segments tout à fait en amont (aménagement) et aussi ceux en aval (2e et 3e transformation).

Marc-Urbain Proulx - CRDT - UQAC

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