- / LBR.ca / - Les dépenses en investissements jouent un rôle prépondérant dans la croissance économique d’une région comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean. En effet, ces investissements font croître le stock de capital physique disponible dans l’économie, c’est-à-dire l’ensemble des biens durables servant à la production d’autres biens et de services. Elles reflètent aussi, dans une certaine mesure, la perception que se font les agents économiques quant à l’avenir, en ayant ainsi un effet entraînant sur d’autres composantes économiques.
L’analyse de l’investissement dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean peut nous éclairer lorsque nous essayons d’imaginer ce que sera l’économie régionale dans vingt ans. À cette fin, nous avons compilé des données régionalisées sur l’investissement, publiées par l’Institut de la statistique du Québec, pour la période allant de 1976 à 2002. Ces données ont été exprimées en dollars constants, de façon à tenir compte de l’inflation.
Le graphique illustre les investissements totaux au Saguenay–Lac-Saint-Jean, en distinguant ceux des secteurs privé et public. Selon une moyenne annuelle de 1,03 milliard $ investit dans la région, une tendance croissante de cet indicateur représentée par la ligne pointillée du graphique, conduit à un investissement total moyen de 1,25 milliard $ en 2002, avec des pointes supérieures marquées, notamment plus de 1,8 milliard $ en 1999.
En interprétant la part des secteurs privé et public dans les investissements, la région doit au secteur public une moyenne de 25 % des dépenses totales pendant la période observée. Quels que soient les gouvernements qui se sont succédés pendant 27 ans, cette part du secteur public tend à diminuer au fil du temps pour atteindre seulement 12% des investissements totaux en 2002, même si le domaine de l’éducation demeure vigoureux. Cet état des faits sur l’investissement public s’observe également pour tout le Québec. La diminution de la part du secteur public n’est donc pas uniquement l’apanage du Saguenay–-Lac-Saint-Jean. Par contre, la part du Saguenay–Lac-Saint-Jean dans les investissements publics globaux du Québec se rétrécit, en passant de 4,5 % à 2,35 % de 1976 à 2002. On constate aussi que la part régionale des investissements privés du Québec est passée de 5,75 % à 3,80 %, pendant cette période 1976-2002 au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Malgré cette tendance à la baisse relative des investissements privés dans la région, ceux-ci représentent désormais plus de 80% des investissements totaux de la région.
Bref, le poids du Saguenay–Lac-Saint-Jean dans les dépenses en investissements de l’ensemble du Québec a tendance à diminuer. Si la tendance n’est ni dramatique, ni inéluctable, il demeure que les investissements augmentent moins vite au Saguenay-Lac-Saint-Jean que dans le reste du Québec. On peut ainsi s’attendre à ce que la région reçoive relativement moins d’investissements dans le futur. Puisque la part du secteur privé dans les investissements régionaux totaux est passée de 63 % en 1976 à 88 % en 2002, confirmant ainsi son importance future, nous avançons que le Saguenay-Lac-Saint-Jean s’avère de plus en plus dépendant du secteur privé pour maintenir son niveau d’investissement total.
Les dépenses en investissements se répartissent différemment selon les grands secteurs d’activités que sont les secteurs primaire (agriculture, mines, forêts), secondaire (fabrication, transformation) et tertiaire (services, habitation). Dans la région, le secteur primaire représente en moyenne 6 %, le secteur secondaire 31 % et le secteur tertiaire 63 % des investissements. Les parts sectorielles sont relativement stables, et seul le secteur primaire s’avère légèrement à la baisse.
Au Québec, les tendances sont à peu près les mêmes, mais les parts sont différentes : le secteur secondaire y est moins important que dans la région Saguenay-Lac-Saint-Jean et le secteur tertiaire l’est davantage. On constate par ailleurs que les investissements dans le secteur primaire correspondent en moyenne à 4,29 % de l’ensemble du Québec, alors que le secteur tertiaire au Saguenay–Lac-Saint-Jean obtient seulement 3,49 % des investissements québécois. Par contre le secteur secondaire s’avère surreprésenté par rapport à notre population en illustrant une moyenne régionale de 8,15 % des investissements effectués annuellement au Québec.
Il apparaît que, pendant la période observée, les investissements importants que la région a obtenu dans la première transformation des métaux a gonflé le secteur secondaire. Le graphique nous permet en effet de constater trois pics importants en 1980, 1989 et 1999 lors de la construction des alumineries dont a bénéficié la région. Cependant, il est possible que, dans le futur, la structure des investissements par secteur d’activités rejoigne celle de l’ensemble du Québec, du moins dans le secteur secondaire.
En réalité, le bon niveau d’investissements dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, pendant la période 1976-2002, fut tributaire de trois investissements privés majeurs auxquels se sont joints certains autres investissements privés ainsi que des investissements dans le domaine public de l’éducation.
Dans une perspective 2025, notre analyse nous amène à avancer qu’il faudra au moins deux investissements majeurs, similaires aux trois investissements majeurs des deux dernières décennies, pour maintenir la moyenne actuelle des investissements régionaux. À cet effet, les options qui s’offrent ne sont pas si nombreuses, il nous semble. Nous pouvons anticiper des investissements dans de nouvelles alumineries, dans un complexe industriel à l’intérieur du parc industriel de Grande Anse ou encore à l’arrivée de méga projets minier, éolien, gazéifère ou autres.
Terminons cette rubrique en signifiant que la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean bénéficie considérablement des investissements effectués dans des méga projets nordiques tels que Aloutette II, Péribonka IV et Eastman actuellement. Dans le futur, d’autres méga projets nordiques sont à prévoir à Grande Baleine, à La Romaine, à Caniapiscau, à la Baie d’Ungava. Pour les entreprises de la région, il s’agit de veiller sur ces occasions d’affaires.
Marc-Urbain Proulx CRDT - UQAC
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