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Le déclin de Ville de Saguenay retarde le progrès économique régional du Saguenay–Lac-Saint-Jean - Marc-Urbain Proulx CRDT - UQAC

Une analyse désagrégée des données sur l’emploi pendant la période 1981-2001 nous permet de constater que les difficultés de l’économie industrielle régionale sont largement dues au bassin industriel de Saguenay. Voyons un peu.
2005-07-04 08:32 - Chronique


Cet article fait partie du dossier spécial Mouvement de l'économie régionale.
Marc-Urbain Proulx, professeur d’Économie Régionale, UQAC
Marc-Urbain Proulx, professeur d’Économie Régionale, UQAC

- / LBR.ca / - Ce qu’on constate en réalité au graphique 1 concerne le fait que l’économie non métropolitaine du Saguenay–Lac-Saint-Jean, c’est-à-dire toute la région à l’exclusion de Ville de Saguenay, s’avère en croissance d’emplois industriels de 7,8 % pendant la période observée, soit de 1981 à 2001. Pour cette zone non métropolitaine, il s’agit même d’une performance supérieure à la moyenne québécoise. Par contre, l’économie industrielle du pôle principal de la région, soit Ville de Saguenay, est bel et bien fortement déclinante sous l’angle de l’emploi industriel. Le déficit industriel atteint en effet 2 900 emplois à Ville de Saguenay pendant la période observée, soit une chute relativement radicale de 16,5 % du bassin d’emplois industriels de cette métropole du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Ainsi, la baisse de 6,2 % des emplois industriels dans la région Saguenay–Lac-Saint-Jean entre 1981 et 2001 est attribuable à la forte chute de 16,5 % à Ville de Saguenay. Selon les données désagrégées sur l’évolution de l’emploi pour l’ensemble de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, le bassin industriel déclinant de Ville de Saguenay, sous l’angle de l’emploi, retarde à l’évidence l’industrialisation régionale globale . C’est en ce lieu métropolitain qu’existe la chute de l’emploi industriel, alors que le reste de la région va relativement bien.

Ces faits révélateurs expliquent largement pourquoi l’agglomération urbaine, devenue Ville de Saguenay, affiche trimestre après trimestre depuis de nombreuses années, le plus haut taux de chômage (ou le 2e) parmi les 25 agglomérations de recensement au Canada. Nous répétons alors que, malgré une très forte croissance de la production d’aluminium au Saguenay depuis vingt ans, l’économie de Ville de Saguenay décline sous l’angle de l’emploi.

À cet effet de comparaison entre territoires urbains similaires, notre analyse de l’évolution de l’emploi dans les diverses agglomérations urbaines du Québec, pour la période 1986-2001 , nous permet de constater (tableau 1) que Ville de Saguenay se situe dans le dernier quadrant, soit parmi le plus faible taux de croissance. À l’image de l’économie des villes de Montréal, Shawinigan et Lachute, celle de Ville de Saguenay illustre d’importantes difficultés structurelles exprimées par une stagnation en matière d’emplois totaux.

Une polarisation polycentrique

Si la forte présence des emplois régionaux en déclin dans le secteur de l’aluminium, précisément à Ville de Saguenay, explique les difficultés économiques de cette agglomération urbaine, force est de constater, par ailleurs, que les mouvements géo-économiques au Saguenay–Lac-Saint-Jean nous permettent aussi d’apporter un second facteur, de moindre importance cependant, pour expliquer les difficultés industrielles de Ville de Saguenay.

En effet, même si plus de 50 % de la population et de l’emploi industriel régional est localisée à Ville de Saguenay, il demeure qu’il s’agit d’une concentration très dispersée. Dispersée d’abord à l’interne puisque que Ville de Saguenay possède un très vaste territoire de 1 166 kilomètres carrés par ailleurs truffé de zones non ou peu urbanisées. Il représente de fait la plus faible densité de population parmi les agglomérations urbaines du Québec. Au-delà des trois arrondissements actuels qui sont en fait les trois villes jadis fusionnées de Jonquière, La Baie et Chicoutimi, Ville de Saguenay contient, à l’examen en détail, de nombreux pôles distincts, notamment en matière de taux de croissance différenciés. Plusieurs de ces pôles urbains sont anciens comme Kénogami, Bagotville, Rivière-du-Moulin, Pibrac et Carré Davis, alors que d’autres sont nouveaux comme le carrefour Panet, Saint-Luc et même aussi Laterrière, Saint-Fulgence, Lac Kénogami et Shipshaw qui, en tant que nouveaux pôles périurbains, tirent sur l’étalement urbain en saute-mouton.

Existent aussi au Saguenay des pôles en croissance relativement forte dans la frange urbaine, soit en dehors de la principale agglomération. Il s’agit des pôles de Larouche, Saint-Ambroise, Saint-Félix, Saint-Charles, Sainte-Rose, Saint-David qui, à degrés variables, incitent à la déconcentration du développement de Ville de Saguenay. Dans le cas de Saint-Ambroise, et aussi de Larouche et Bégin dans une moindre mesure, il s’agit de pôles industriels fortement émergents. Par ailleurs, plusieurs travailleurs industriels habitent ces pôles satellites mais travaillent en réalité dans l’agglomération urbaine principale, ce qui biaise légèrement les données sur l’emploi de Statistique Canada à propos de Ville de Saguenay.

Finalement, la géo-économie du Saguenay–Lac-Saint-Jean illustre la présence de plusieurs autres pôles industriels tels que Alma, Dolbeau, Saint-Félicien, Métabetchouan, Sacré-Cœur, Petit-Saguenay, Chambord, etc.

On le constate autant au Saguenay, qui concentre proportionnellement beaucoup d’entreprises et de travailleurs, qu’au Lac-Saint-Jean, plus agricole et forestier, le territoire de la région apparaît fondamentalement polycentrique ou multipolaire. Ainsi, dans un contexte général et universel de déconcentration industrielle par lequel les entreprises préfèrent désormais se localiser en dehors des agglomérations urbaines, mais pas trop loin, Ville de Saguenay possède d’emblée certaines difficultés à attirer des activités industrielles sur son territoire. La localisation effective des trois récentes alumineries et des quelques nouvelles usines de transformation du bois confirme ces difficultés. Néanmoins, la grande surface de la Ville et, en conséquence, la présence à l’intérieur de vastes zones libres, allège probablement, pour Ville de Saguenay, le fardeau de ce principe de déconcentration industrielle hors agglomération.

Marc-Urbain Proulx CRDT - UQAC

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