Saguenay, le 16 juin 2005 – / LBR.ca / - « C’est avec une grande déception que nous avons pris connaissance hier des déclarations de M. Carmine Nappi, directeur analyse de l’industrie d’Alcan quant à la faible probabilité, selon Alcan, de voir se construire une nouvelle aluminerie au Québec d’ici 40 ans » de déclarer M. Claude Patry, président du Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida (SNEAA). Pour M. Alain Proulx, directeur régional des TCA au Saguenay—Lac-Saint-Jean, « Quand on parle de la compétitivité de l’industrie de l’aluminium au Saguenay—Lac-Saint-Jean et au Québec, il est primordial de tout dire ».
« Nous sommes d’accord avec M. Nappi quand il affirme que le tarif d’Hydro-Québec pour les grandes industries (le tarif L) est présentement plus élevé que la moyenne mondiale (environ 28 $ US / MWh versus 24 $ US / MWh) » de déclarer M. Pierre Simard, président du syndicat des employés d’énergie électrique Québec (SEEEQ). Cependant, il est particulièrement décevant qu’Alcan « oublie » de dire à la population que, selon les chiffres que la compagnie a elle-même déposée en février à la commission de l’Assemblée Nationale sur l’énergie, Alcan n’achète au Saguenay—Lac-Saint-Jean qu’environ 5% de son électricité (100 MW sur 2 200 MW) à ce prix de 28 $ US / MWh ou 38 $ canadien le MWh ! « Le « reste », soit 95% de son électricité, Alcan la produit avec ses propres barrages à un coût d’environ 9 $ canadien le MWh, soit 4 fois moins que ce que doivent payer ses concurrents au Québec », de souligner M. Simard.
SUFFISAMMENT D’ÉNERGIE POUR L’USINE DE REMPLACEMENT À JONQUIÈRE
Quant à savoir si il y aura dans l’avenir suffisamment d’énergie pour réaliser l’usine de remplacement à Jonquière promise par Alcan, rappelons que la compagnie s’est engagée envers le gouvernement du Québec, à fermer d’ici 2015 ses alumineries de Beauharnois et de Shawinigan. Ces fermetures libéreront 310 MW à 9 $ canadien le MWh. De plus, lors de la future mise hors service de l’aluminerie d’Arvida, c’est 400 autres MW qui se libéreront, toujours à 9 $ le MWh, sans oublier les 85 MW qui deviendront disponibles suite au programme d’amélioration des centrales d’Alcan. Pour M. Proulx, « le véritable enjeu pour Alcan et le Saguenay—Lac-Saint-Jean, est de savoir ce qu’Alcan entend faire de ces 795 MW d’électricité produite par Alcan chez-nous, à un prix imbattable et qui vont devenir disponibles d’ici quelques années ». De plus, il ne Alcan a la possibilité d’acheter à Hydro-Québec jusqu’à 350 MW d’énergie (au tarif L) qui s’ajoutent aux 795 MW qu’Alcan libérera, pour un total disponible de 1145 MW. « En combinant le coût de l’électricité d’Alcan (9 $ canadien le MWh) avec celui d’Hydro-Québec (38 $ canadien le MWh) on obtient donc un bloc de 1145 MW à 18 $ canadien le MW ou 13,5 $ US le MW, soit un coût environ 50% plus bas que la moyenne mondiale de l’industrie de l’aluminium » de souligner M. Simard.
Pour Alain Proulx, « il est exclu que cette future énergie excédentaire d’Alcan, produite chez-nous, soit exportée vers Hydro-Québec ou qu’elle serve a alimenter les alumineries Alouette de Sept-Îles et ABI de Bécancour, dans lesquelles Alcan possède des participations. Cet enjeu est fondamental pour l’avenir du Saguenay—Lac-Saint-Jean. C’est pour éviter une telle exportation de notre énergie (et de nos emplois) que les TCA du Saguenay—Lac-Saint-Jean ont proposé que le gouvernement du Québec crée, avec la future énergie excédentaire d’Alcan, un bloc d’énergie patrimonial au service du développement de la région ».
DES OMISSIONS SURPRENANTES
Quant aux régions qui seraient, selon Alcan, plus compétitives que le Québec pour produire de l’aluminium, voici leurs coûts de production totaux (incluant le coût de construction des usines) selon une présentation qu’Alcan a faite en 2004 devant l’association des économistes du Québec:
Afrique 995$ US / tonne
Saguenay—Lac-Saint-Jean 996$ US / tonne
Moyen-Orient 1 160$ US / tonne
Asie 1 190 $ US / tonne
Russie 1 223 $ US / tonne
Les coûts de production d’aluminium par Alcan dans la région sont donc, selon les propres chiffres d’Alcan, parmi les plus faibles du monde. Nous savons également que le Québec profite d’un environnement industriel et socio-économique parmi les plus avancés, en plus d’être localisé en Amérique du Nord, un marché qui doit importer, chaque année, 2,4 millions de tonnes d’aluminium, selon l’institut CRU de Londres.
Quant au futur du marché de l’aluminium, Alcan, dans un document de juin 2005 affirme que « de 2005 à 2020, même en ajoutant la nouvelle production de toutes les nouvelles alumineries déjà annoncées dans le monde, il faudra ajouter, d’ici 2020, 16,5 millions de tonnes de production annuelle d’aluminium. » À titre d’indication, ces 16,5 millions de tonnes nécessiteront la construction de l’équivalent de 41 nouvelles usines de type Alma.
OUI A L’ÉNERGIE AU SERVICE DU DÉVELOPPEMENT DES RÉGIONS
Par ailleurs, les travailleurs et travailleuses d’Alcan sont parfaitement d’accord avec Alcan et Alcoa quant au fait que le gouvernement du Québec se doit garantir aux alumineries des tarifs électriques compétitifs et prévisibles à long terme. L’activité des alumineries crée des impacts économiques deux fois plus important que ce que peut rapporter à l’économie du Québec la simple exportation de notre énergie.
« Cependant, si il n’y a pas une forte mobilisation régionale pour s’assurer que le gouvernement du Québec crée un bloc d’énergie patrimonial avec la future énergie excédentaire d’Alcan, alors le scénario de l’exportation de notre énergie soit vers les alumineries Alouette et ABI ou soit vers Hydro-Québec, se concrétisera. C’est aujourd’hui qu’il faut se brancher collectivement là-dessus » de conclure M. Proulx.
Pour le reste, quand on prend en considération toute l’information, on constate qu’objectivement Alcan et le Saguenay—Lac-Saint-Jean ont encore tout pour continuer à grandir ensemble.