Décisions du Comité des plaintes et de l'éthique de l'information du CPQ rendues le 21 janvier 2005
Le Conseil de presse blâme Le Courrier de Saint-Hyacinthe, la station radiophonique BOOM-FM 106,5 ainsi que leur journaliste Marc Bouchard et juge recevable une plainte concernant un courrier du cœur
2005-02-01 10:55 - Communiqué de presse
Montréal, le 1er février 2005. / LBR / -Le tribunal d’honneur du Conseil de presse, qui s’est réuni le 21 janvier 2005, retient une des neuf plaintes pour lesquelles il devait rendre une décision et enrichit sa jurisprudence en traitant une plainte contre un courrier du cœur. La plainte retenue a été déposée par l’Agence de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de la Montérégie, contre le journaliste Marc Bouchard pour l’information diffusée dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe et la station radiophonique BOOM-FM 106,5. La plainte contre « Le courrier de Louise », paru dans le journal de Montréal, a été déposée par M. Carol Tremblay.
Le Courrier de Saint-Hyacinthe, la station radiophonique BOOM-FM 106,5 et leur journaliste Marc Bouchard, voient une plainte retenu contre eux pour manquement en regard de la pondération, de l’exactitude et de la rigueur d’information ainsi que pour un manquement au respect de la réputation des plaignants.
Dans la plainte concernant « Le courrier de Louise » paru dans Le Journal de Montréal, le Conseil de presse, estime que le courrier du cœur s’apparente au contenu rédactionnel de la chronique relevant du journalisme d’opinion. Cette décision fait donc jurisprudence.
Sept autres plaintes ont été rejetées. Tout d’abord Mmes Carole Lefebvre, Brigitte Bélanger , Julie Fontaine, M. Frédéric Daigle et CHOI-FM ont déposé une plainte contre une chronique de Franco Nuovo, publiée dans Le Journal de Montréal intitulée « Souvenir d’un artiste », qu’ils jugeaient discriminatoire et portant atteinte à leur réputation.
Deux plaintes ont été déposées contre la Société Radio-Canada. La première par M. François Raymond qui reprochait au « bulletin de nouvelles » d’avoir diffusé un reportage sur le tabagisme passif portant atteinte à la vie privée du témoin interrogé et manquant d’exactitude et de partialité dans le traitement de l’information.
La deuxième plainte a été déposée par M. Vincent Dostaler qui reprochait au service d’information d’avoir gardé sous silence des éléments essentiels pour comprendre la crise politique survenue en république d’Haïti en 2004.
La Presse pour sa part s’est vu reprocher par l’Association Musulmane Québécoise d’avoir, dans une chronique de Pierre Foglia, discriminé leurs croyances religieuses en faisant un jeu de mot avec le nom de Dieu et une grippe islamique.
Le maire de Lévis, M. Jean Garon, a porté plainte contre le quotidien Le Soleil qui, selon lui, a rapporté des propos erronés à son sujet, lors des résultats du référendum du 20 juin 2004 sur la défusion.
M. Kevin Erskine-Henry a déposé plainte contre l’hebdomadaire St-Lambert et contre le journaliste Gilles Pétel avec qui il aurait eu une entrevue téléphonique musclée dans le cadre de la préparation d’un débat sur la défusion municipale de Greenfield Park.
Enfin, l’hebdomadaire Le Citadin s’est vu reprocher par M. Denis Beaudin d’avoir manqué de rigueur journalistique dans un article et d’avoir fait preuve de mauvaise foi en refusant de rectifier ses erreurs.
Ces plaintes ont toutes été jugées non fondées.
Le Courrier de Saint-Hyacinthe et la station radiophonique BOOM-FM 106,5 blâmés pour manque de pondération, d’exactitude, de rigueur d’information ainsi que pour un manquement au respect de la réputation
L’Agence de développement de réseaux de services de santé et de services sociaux de la Montérégie porte plainte contre le journaliste Marc Bouchard pour l’information qu’il a diffusée dans les deux médias cités. Le journaliste aurait manqué d’exactitude, d’équilibre et d’exhaustivité dans l’information qu’il avait transmise et aurait fait preuve de sensationnalisme et d’insistance indue. Il aurait manqué de respect envers la réputation de l’Agence et d’un des membres de son conseil d’administration, M. Jean Lemonde, en tenant des propos partiaux et non vérifiés. Il aurait laissé sous-entendre publiquement l’existence d’un conflit d’intérêts impliquant M. Lemonde et aurait laissé planer des doutes sur l’intégrité des personnes qui ont pris part à un processus de consultation, sans vérifier la véracité des faits.
Pour leur défense, le rédacteur en chef du Courrier de Saint-Hyacinthe, le directeur de la station BOOM-FM 106,5 et le journaliste Marc Bouchard affirment que l’article et l’émission en cause ont un contenu relevant de l’éditorial c’est-à-dire du journalisme d’opinion et non du journalisme d’information, laissant une plus grande latitude d’expression au journaliste.
De plus, selon les mis-en-causes les plaignants auraient pu faire valoir leur opinion dans les pages « courrier des lecteurs » et « lettres ouvertes », ce qu’ils n’ont pas fait.
Après examen du dossier, le Conseil de presse rappelle que la liberté d'opinion de l'éditorialiste et du commentateur n'est pas absolue et que la latitude dont ceux-ci jouissent doit s'exercer dans le respect des valeurs démocratiques et de la dignité humaine. Dans le cas de la plainte contre la station radiophonique BOOM-FM 106,5, l’examen du Conseil révèle d’abord des manquements au chapitre de l’exactitude, de la rigueur de l’information ainsi que de la pondération, le mis-en-cause ayant formulé des accusations sans fondement. L’ensemble de ces manquements a finalement conduit le Conseil à retenir les griefs en regard du manque de respect de la réputation de M. Jean Lemonde et de celle de l’Agence de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de la Montérégie.
Dans le cas de la plainte contre Le Courrier de Saint-Hyacinthe, le Conseil a constaté des manquements au chapitre de l’exactitude de l’information, manquements qu’il ne peut que déplorer.
La plainte contre « Le courrier de Louise » paru dans Le Journal de Montréal contribue à l’enrichissement de la jurisprudence du Conseil de presse
M. Tremblay porte plainte pour propagande haineuse, suite à une phrase repérée dans un texte publié dans le Journal de Montréal, sous la rubrique « Le courrier de Louise ». Ce que le plaignant comprend de l’auteur de ces lignes, est que ce dernier décrit les gens religieux comme des simples d’esprits ou bien des fraudeurs qui manipulent ces simples d’esprits. Il reproche à la réponse de « Louise » d’être « en parfait accord avec toute l’analyse de l’auteur et [de] se permettre même de le féliciter », constate-t-il.
Pour sa défense, le rédacteur en chef du Journal de Montréal M. Dany Doucet tient à rappeler que Mme Louise Deschâtelets tient au Journal de Montréal un courrier des lecteurs où elle répond souvent à des personnes désespérées, abandonnées, isolées ou tourmentées. Ces lettres ne sont pas inventées et reflètent l’opinion de vraies personnes dans la société, même si parfois leurs auteurs exigent l’anonymat.
Aux fins d’analyse de la présente plainte, le Conseil a dû préalablement déterminer à quel genre journalistique appartenait « Le Courrier de Louise », publié dans Le Journal de Montréal. De l’avis du Conseil, son contenu rédactionnel s’apparente au genre de la chronique, relevant du journalisme d’opinion. Ce genre rédactionnel accorde aux professionnels de l’information une grande latitude d’expression.
Le Conseil de presse a conclu que la liberté rédactionnelle accordée aux mis-en-causes lui permettait d’exprimer librement son opinion sur la question religieuse. De plus, les propos reprochés au lecteur concerné ne contiennent aucune connotation proprement haineuse ou discriminatoire.
La plainte a donc été jugée sans fondement.
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SOURCE : Robert MALTAIS, secrétaire général
Conseil de presse du Québec
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