- / LBR.ca / - À toutes les semaines, un autobus quitte la région, rempli de jeunes qui vont faire « carrière » en ville, faute de travail local.
Voilà maintenant plus de 3 ans que j’ai quitté le Royaume de la tourtière pour gagner ma vie dans le merveilleux monde des médias. Pourquoi je ne trouvais pas d’emploi dans mon patelin? « C’est ben trop loin! »
Donc j’ai quitté mon Lac St Jean natal pour me retrouver dans la « grande-ville », plus près des gens qui décident, parce qu’avant, quand je postulais, je me faisais toujours répondre : « Fort dommage, le L-S-J c’est trop loin pour vous donner le poste, si on a besoin de se rencontrer en personne c’est trop compliqué, en passant, ma belle-sœur vient de Robevalde vous la connaissez peut-être; et c’est pas loin de Bichougamau si je me souviens bien; parce que le neveu de mon mari étudie les rituels tribaux des gens qui vivent là-bas... » Les vilains de la ville ne veulent pas que ça vienne de trop loin, ils ont un mépris profond et une crainte à peine avouée des régions. Ce sont des destinations camping envisageable sans plus.
Me voici donc dans la Métropole : Montréal. J’aurais dû dire Laval, mais bon on se chicanera pas pour dix minutes en voiture (cinquante à l’heure de pointe). Parcourant les entreprises avec en main mon baccalauréat interdisciplinaire en arts avec option en cinéma et vidéo (on nous demande de faire des c.v. de une page, mais juste le nom de mon diplôme en prend le quart, j’avais déjà une prise contre moi). Ma deuxième prise était ma façon de prononcer l’anglais avec des « ch » soufflés et des « r » baillés. Heureusement, Montreal is a bilingual city!
Ironiquement, juste avant de me faire « striker », j’ai trouvé un boulot ici. En rédaction en plus ! En demeurant au Lac cela aurait été impossible. Encore plus ironiquement; je travaille à domicile, rien de moins. Je me rends aux bureaux de l’éditeur au maximum deux fois par an, tout se fait à distance (parce qu’avec Internet il n’y a plus de distances). Transfert de fichiers, correction des textes, télécopies des contrats, services de messagerie, conférences téléphoniques, messagerie texte.
Oui, oui, je travaille de mon bureau, sur mon ordinateur, dans appartement! Et une aubaine en plus : 695$ par mois non-chauffé, non-éclairé (un gros merci a monsieur Thierry Vandal pour ses augmentations tarifaires). J’ai donc quitté un chez-moi pour aller travailler dans un chez-moi plus loin parce que le premier chez-moi était trop loin même si je travaille quand-même chez-moi… Je déménagerais dans un chez-moi à Tombouctou que l’éditeur s’en rendrait pas compte.
J’ai fait un choix et je vais persévérer dans ce choix, je vais demeurer à Laval, la capitale nationale des centres d’achats remplis de moches, envers et contre tous. Parce que j’ai la tête dure : je suis un beluet!
Mais entre nous, comment ne pas rire de gens qui confondent tourtière et pâté à la viande; qui froncent les sourcils quand on dit « à cause » et « ceuse-là » mais qui disent sans arrêt « my god » et « you know » et surtout, des gens dont le fromage ne fait kouick-kouick que lorsque les pentures du couvercle de la poubelle s’ouvrent pour le recevoir?
Michel Bouchard
Courriel : bic22@hotmail.com
Site web : www.zymotiques.com
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