Suzie, Ethiopienne, ne parle ni français ni anglais. Ses patrons lui ont confisqué ses papiers. Elle travaille à leur domicile plus de 12 h/j, 7j/7, sans sortir, sans voir personne et sans recevoir de salaire. Bravo Suzie !
Montréal, mardi 24 octobre 2006 - / LBR.ca / - Environ 2,45 millions de personnes sont victimes de la traite dans le monde. Sans ressource, ne parlant pas la langue du pays, isolées, trompées sur leurs perspectives d¹avenir, elles subissent des violences, n¹ont pas de conditions de travail justes, et n¹ont aucun recours pour obtenir justice. Sans papier, elles sont démunies face aux exigences de leur employeur.
Pour le comédien Paul Ahmarani, porte-parole de la campagne, « Les femmes qui ont fui la violence et la misère ne doivent pas devenir victimes de l¹exploitation ici, ni accepter des emplois dont les conditions s¹assimilent à l¹esclavage ».
Il y aurait au Québec entre 20 000 et 40 000 aides familiales, dont 90 % seraient en situation irrégulière, donc vulnérables aux abus de la part de leur employeur, comme en témoigne Marie Violette : « Je suis arrivée à Montréal avec une famille haïtienne pour m¹occuper de l¹enfant et faire le ménage. Je travaillais de 5h du matin jusqu¹à 11h le soir. Je leur ai donné mon passeport et ils n¹ont pas voulu me le rendre.
Ils m¹empêchaient de sortir. Ma journée de congé était le dimanche mais je devais faire tout le ménage avant de sortir ».
La traite touche de nombreuses femmes qui cherchent au Canada des conditions de vie meilleures. Entrées au pays légalement ou illégalement, avec l¹aide ou non de leur employeur, d¹une agence ou par l¹intermédiaire du Programme des aides familiales résidentes (PAFR), un grand nombre se retrouvent dans des situations graves d¹abus de leurs droits dans un pays dont elles ne connaissent pas les règles, ni les recours pour se défendre.
La section canadienne francophone d¹Amnistie internationale veut mettre fin au cycle de la violence et des abus. Pour sa directrice générale, Béatrice Vaugrante : « Fermer les yeux sur la manière dont ces femmes arrivent et vivent ici, c¹est inacceptable ! »
Le Canada a récemment montré sa bonne volonté en annonçant que les victimes de la traite seraient dorénavant considérées comme des victimes et non comme des criminelles. « Mais c¹est loin d¹être suffisant, soutient Béatrice Vaugrante. Il faut s¹attaquer aux causes qui favorisent la traite et promouvoir des mouvements migratoires internationaux respectueux des droits des travailleurs. Le Canada ne peut profiter impunément de la force économique des personnes migrantes sans leur garantir leurs droits fondamentaux, y compris les droits économiques et sociaux. »
Restreindre le choix d¹immigrer des femmes qui doivent fuir la violence ou la misère dans leur propre pays n¹est pas la solution parce que celles-ci seront d¹autant plus vulnérables à la traite. D¹autant plus que les femmes, en raison de leur accès souvent limité à l¹éducation, ne se qualifient généralement pas pour immigrer autrement que de façon clandestine. Elles se voient souvent obligées d¹accepter des emplois dont les conditions s¹assimilent à de l¹esclavage moderne.
Si les femmes arrivées au Canada par l¹entremise de programmes spéciaux comme le Programme des aides familiales résidentes (PAFR) sont généralement en situation régulière, certaines dispositions du programme rendent trop facile l¹exploitation des aides familiales, obligées de rester sous la responsabilité de l¹employeur, quelles que soient les contraintes imposées par celui-ci. Puisqu¹une travailleuse migrante peut acquérir le statut de résidente permanente si elle effectue 24 mois de travail sur une période de trois ans, plusieurs acceptent des violations de leurs droits pour l¹obtenir. Soumises et exploitées, ces femmes ont pourtant des droits, d¹abord en tant que personnes, mais aussi comme travailleuses, ce que la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille, permettra aussi de reconnaître lorsque le Canada l¹aura ratifié, ce pourquoi nous faisons campagne.
Pour les aides familiales sans statut, la précarité est totale ! Selon l¹Association des aides familiales du Québec (AAFQ), seulement 10 % des aides familiales sont inscrites au PAFR. Les 90 % restant sont en situation irrégulière, donc vulnérables aux abus de la part de leur employeur. Ces femmes arrivent souvent avec un visa de touriste ou diplomatique, d¹autres sont entrées légalement en vertu du PAFR, mais ont perdu leur statut en cours de séjour pour différentes raisons.
Amnistie internationale et l¹AAFQ veulent sensibiliser la population à la situation des femmes victimes de la traite et lui faire réaliser que cette exploitation existe aussi au Canada. En informant le public, les deux organismes espère obtenir des appuis pour :
… Que le Canada ratifie la Convention
internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille. Une fois que le Canada l¹aura ratifiée, il devra modifier ses lois sur les conditions de travail des travailleurs migrants, ce qui aidera à moyen et long terme à améliorer le respect des droits de ceux-ci et des membres de leur famille.
… Et que la Commission des normes du travail fasse une exception au Québec pour qu¹elle puisse recevoir les plaintes des aides familiales qui travaillaient alors qu¹elles n¹avaient pas, pour des raisons hors de leur contrôle, de permis de travail valide. Cette mesure permettra à court terme aux aides familiales d¹avoir un recours contre leur employeur pour faire cesser les abus dont elles sont victimes.
Selon l¹Organisation Internationale du Travail (OIT), 1,2 million d¹enfants seraient aussi victimes de la traite à chaque année. Amnistie internationale a donc invité les membres de ses groupes en milieu scolaire à se mobiliser pour contrer la traite des enfants impliqués dans la culture du cacao.
Afin de sensibiliser le grand public, des affiches et des cartes postales ont été élaborées par Henrard/Turcotte, avec un coup de main du photographe Yves Renaud. Henrard/Turcotte a aussi développé de fausses petites annonces illustrant le thème de « L¹exploitée du mois » en présentant les conditions inacceptables de travail qui sont parfois imposées aux femmes victimes de la traite. Cette campagne bénéficie aussi du soutien promotionnel du portail d'information indépendant BRANCHEZ-VOUS.com (http://www.branchez-vous.com). Les médias sont d¹ailleurs invités à diffuser les visuels de la campagne, les bandeaux WEB ou les petites annonces.
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Pour information :
Anne Sainte-Marie
Responsable des communications
Amnistie internationale
(514) 766-9766 poste 230 ou 268-4983 ou aste-marie@amnistie.qc.ca