Grand dossier de la Gazette des femmes - Immigrantes - «Je ne suis pas celle que vous croyez»
Elles sont bardées de diplômes et beaucoup plus expérimentées qu’on ne le croit. Que fait-on du talent des immigrantes ?
2005-03-01 11:33 - Communiqué de presse
QUÉBEC, le 1 mars 2005 - / LBR / - Une Québécoise sur 10 est née à l’étranger. Ces quelque 350 000 immigrantes sont plus scolarisées que les femmes, voire que les hommes nés ici : 19 % possèdent un diplôme universitaire, ce qui est le cas de 13,3 % de la population féminine et de 14,6 % de la population masculine. Elles sont aussi de plus en plus actives. Et pourtant, les néo-Québécoises n’occupent pas leur juste place sur le marché du travail, révèle la dernière enquête de la Gazette des femmes, que signent les journalistes Mélanie Saint-Hilaire et Nicole Beaulieu. A 12,4 %, leur taux de chômage excède de beaucoup celui de la population féminine québécoise, qui était de 7,7 % en 2001. «Les entreprises ne reconnaissent pas la valeur des diplômes et de l’expérience acquise à l’étranger», déplore Karim Touchene, chargé de projet au Centre d’encadrement pour jeunes filles immigrantes (CEJFI), à Saint-Laurent.
Shafiqa Allayer, 38 ans, a vite compris que le principal problème des personnes immigrantes est la reconnaissance des acquis. «A chaque pas, pour nous, il y a un blocage», constate-t-elle, avec une pointe d’amertume. Cette médecin de Kaboul, en Afghanistan, avait 11 ans d’expérience lorsqu’elle a débarqué à Montréal, en 2001. On lui demande aujourd’hui de refaire sa cinquième secondaire!
Autre objet de récriminations : les politiques de l’immigration, qui défavorisent les femmes. Un exemple? Les critères d’évaluation pour l’immigration économique. Les grilles dont se servent les agents d’immigration pour évaluer les candidats accordent beaucoup de points à la scolarité. Les femmes étant moins instruites que les hommes dans plusieurs contrées, le visa de travailleur leur échappe donc plus souvent. D’autant plus que leurs compétences traditionnelles - soins aux enfants, tâches ménagères, etc. - n’ont aucune valeur marchande. «C’est souvent l’homme qui détient l’expérience professionnelle valorisée par Immigration Canada», note Andrée Côté, directrice des Affaires juridiques à l’Association nationale de la femme et du droit, à Ottawa. Une enquête qui en dit long sur les obstacles que croisent les immigrantes sur le chemin du Canada.
Aussi, à lire dans le numéro de mars-avril 2005, un reportage saisissant sur le combat des Algériennes, de la journaliste Monique Durand qui rentre d’Alger.