Depuis quelque temps, il semble que les médias s’intéressent un peu plus à des sujets comme la violence, la température ou la langue et un peu moins à l’éducation en général.
2008-03-30 17:42 - Commentaire d'opinion
-/ LBR.ca / - Madame la ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport,
Depuis quelque temps, il semble que les médias s’intéressent un peu plus à des sujets comme la violence, la température ou la langue et un peu moins à l’éducation en général. N’est-ce pas le temps de prendre un peu de recul et de réfléchir plus attentivement sur l’avenir de nos jeunes au Québec. Minoritaire, mais avec toute la détermination dont vous faites personnellement preuve, votre gouvernement peut profiter de ce répit, me semble-t-il, pour passer d’une gestion par résolution de problèmes à une gestion plus visionnaire. D’ailleurs, ce que l’on attend d’un gouvernement c’est de tracer les grands axes stratégiques, les grandes orientations.
Je veux donc vous présenter aujourd’hui deux suggestions qui pourraient, je le crois sincèrement, renforcer notre système d’éducation au Québec.
Premièrement, je propose tout simplement de vous assurer que l’actuelle loi sur l’instruction publique est appliquée partout au Québec dans sa lettre et dans son esprit.
Alors que vous vous apprêteriez à en modifier le contenu, plusieurs observateurs du milieu ont noté depuis plusieurs années que des interprétations différentes circulent de part et d’autre. Cela peut même être la source de tensions entre des groupes d’individus ou des associations. Cette loi devait « mettre à la disposition des écoles les leviers qui leur permettront de faire des interventions plus nombreuses et mieux adaptées en faveur de la réussite des élèves » (Pauline Marois, Commission parlementaire, 14 décembre 1997).
Est-ce bien le cas ? Les parents devaient passer du champ de la consultation au champ de la décision… Est-ce bien, comme prévu dans la loi, à l’école d’établir ses propres orientations par son projet éducatif et son plan de réussite ou au Mels d’y intervenir par différents programmes « orientés » et par ses politiques et budgets ?
Par voie de conséquence, comment intéresser plus de gens à la gestion des commissions scolaires s’il n’y a pas de repères reconnus par tous Une loi peut-elle imposer la motivation, l’empathie, le partenariat, l’implication ?
Vous le savez bien, les lois ne changent pas toujours les mentalités, les façons de faire. Plusieurs organismes du réseau de l’éducation ont déjà reconnu ce problème et réagi ensemble au niveau national par la formation d’un comité qui a présenté un rapport intitulé « Vers des rapports commission scolaire et établissements plus harmonieux et plus satisfaisants » publié par la FCSQ. Ce comité a proposé une stratégie qui a influencé très positivement plusieurs commissions scolaires en travaillant justement à rétablir un équilibre entre les interprétations mais surtout les attitudes et les rapports entre les individus.
Ce qu’il faudrait maintenant, c’est de vous assurer que l’esprit de la loi et de ce rapport est partagé par tous : gestionnaires, parents, élèves, communauté. Pour cela, il faudrait d’abord tout simplement que vous le demandiez formellement. Par la suite, une table de pilotage ou un groupe de formateurs rassemblant tous les acteurs du réseau pourrait assurer un suivi adéquat (ce que la FCSQ a déjà commencé avec succès en collaboration avec les directions générales).
Deuxièmement, les commissions scolaires, leurs établissements et surtout, leurs gestionnaires, se désolent de répondre à la complexité et la quantité d’interventions de votre ministère. Comme échantillon, nommons quelques-uns de vos programmes de nature pédagogique : Écoles en santé, culture à l’école, école orientante, aide aux devoirs, agir autrement, fecre, école communautaire, etc.
Chacun de ces programmes a son cadre de référence propre à lui, son vocabulaire singulier, ses formulaires distincts, son budget spécifique, sa gestion. Et surtout, un lien obligé avec le plan de réussite de l’établissement alors que celui-ci devait libérer les acteurs pour leur redonner un dynamisme local (par l’institution du conseil d’établissement, notamment) dont il a tellement besoin pour se pencher sur sa propre situation face au scandale national que constitue toujours le décrochage de nos élèves.
Avec le penseur français, spécialiste des organisations, Michel Crozier qui affirme que « la simplicité des structures est la meilleure réponse à la complexité des questions », je vous propose urgemment de faire cohérence dans tous vos programmes, de les ramener à un seul par institution : le projet éducatif actualisé dans chaque école par le plan de réussite. Et, un seul regard de la part de votre Mels dans ses formulaires, son vocabulaire, ses gestionnaires.
Il est plus que temps que les établissements, les parents et leurs personnels cessent d’avoir l’impression d’avoir tout à recommencer à chaque fois. Pourquoi une « école en santé » ne pourrait-elle pas participer avec les mêmes mots, le même vocabulaire, les mêmes questionnaires au programme « agir autrement », par exemple ? C’est là un irritant majeur. Et que dire de la clarté et de l’accessibilité pourtant prévue par la loi ?
Quant aux budgets, il est toujours possible de les dédier et d’en assurer le suivi dans une démarche de reddition de comptes tel que prévu dans la loi sur l’instruction publique.
Ayant participé comme parent, enseignant et direction d’établissement au quotidien de ce réseau, et étant toujours impliqué avec une commission scolaire, je crois que la réaffirmation de la loi sur l’instruction publique et la simplification de la gestion des programmes pourrait relancer la résolution de notre grand défi collectif : faire en sorte que chacun de nos jeunes réussisse.
Tous les économistes le disent : il n’est pas plus avantageux pour la société qu’il en soit autrement si l’on considère la somme des coûts de toute nature que l’échec engendre.
Rénald Beauchesne,
Directeur retraité, formateur et accompagnateur de directions d’établissement.