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Cangrejo - Jeudi matin le 15 juin 2006. Aujourd´hui, on ralentit le rythme.

Lundi, mardi et mercredi ont été des journées bien remplies.
2006-06-16 13:31 - Chronique


Cet article fait partie du dossier spécial Bleuets sans frontières.
Dans le tumulte du transport
Dans le tumulte du transport

- / LBR.ca / - Lundi, nous sommes retournés, moi et Valérie, à la compagnie Canabrava, à Montellano, pour demander l´état d´avancement des travaux sur la pompe de Lloma Blanca. On cherche encore, semble-t-il, un mécanicien disposant d´un tour pour réparer le piston de la pompe. Je soupçonne Gerson Acosta de ne chercher qu´à gagner du temps jusqu´à notre départ. Mais je prendrai soin de donner son numéro de téléphone à plusieurs de nos amis coopérants d´ici pour qu´ils puissent continuer de lui poser des questions. Nous avons ensuite profité de notre passage pour visiter un peu plus la ville et ses petits commerces. Ici, une boutique peut ne tenir que sur une table. Il y a des dames qui s´installent avec un couteau, un chou et deux tomates et qui vendent de petits sacs de salade à 30 cents. Il y a de petits dépanneurs, appelés ici colmado, qui ne font que huit pieds sur dix et où l´on trouve tout l´essentiel de l'épicerie. Nous y achetons souvent nos boissons gazeuses. Après Montellano, visite à Cangrejo. Aucun de nos amis habituels n´est là, sauf les dizaines d´enfants qui accourent de partout pour jouer avec nous et qui nous appellent par nos noms, et demandent à chaque fois où sont tous les absents.

Mardi matin, Valérie et moi nous sommes levés très tôt pour partir pour Haïti. Déjeuner à 5 h 30, puis nous avons pris la gwagwa Puerto Plata Navarete, et Navarete-Dajabon.

Nous nous éloignons du poste frontière dominicain et marchons vers le pont qui enjambe la rivière Massacre, ou Trujillo avait fait exécuter 17000 Haïtiens illégaux. Des casques bleus uruguayens de la MINUSTHA lèvent la main de leur mitraillette pour nous serrer la pince. Il y a un blindé peint en blanc et marqué UN de l´autre côté de la rivière où des Haïtiens font leur lessive. Devant nous, de l'autre côté d´un champ jonché de déchets, Ouanaminthe. Des dizaines de motos concho attendent sur le bord de la route et nous regardent comme un repas. Le poste frontière d´entrée en Haïti nous demande 10 $ US pour une carte de touriste, et un douanier essaye aussi de se faire donner un dollar supplémentaire sans raison, ce que je refuse de faire. Nous continuons notre route.

Valérie prend plein de photos mais elle parle peu. Je propose que nous allions boire un pepsi quelque part. Nous montons dans un restaurant au deuxième étage d´un immeuble de ciment. Il y a des tables avec des nappes de plastique. Toute la famille des propriétaires est assise à droite en haut de l´escalier. En raison du stress, je n´arrive pas à apprécier les efforts que ces gens ont dû déployer pour installer ce lieu correct dans le pays le plus pauvre des Amériques.

Nous achetons trois pepsi en bouteille pour 25 gourdes chacun. Je ne prends pas les glaces et Valérie non plus. Adolphe oui. Il se sentira mal le soir au retour. Je bois mon pepsi en calculant. J´arrive à la conclusion que, si nous voulons avoir des chances d'attraper la dernière gwagwa vers Puerto Plata, nous devons partir et commencer les tracasseries administratives dans moins d´une heure.

Nous marchons dans Ouanaminthe, contournons un rat mort et refusons les offres des solliciteurs en tout genre. Nous prenons des photos avec les casques bleus.

Un moto concho nous mène à la station d'autobus. Moyennant 1 500, nous parvenons à trouver un transport qui nous mènera à Navarete. De là, une gwagwa nous mène à Puerto Plata, puis à l´entrée de Munoz. Nous marchons en silence pendant une demi-heure dans le noir avant de finir par être déposés par un taxi Munoz dans la cour de Sun Camp où je ne me suis jamais senti autant chez moi que ce soir. Après un spaghetti copieux, Adolphe reprend la route pour Cangrejo.

Pendant notre périple en Haïti, le reste du groupe est parti pour Cangrejo. Ils ont pris des ententes avec Lise pour visiter un autre batey pauvre près de Lloma Blanca. Nous partons donc le lendemain avec Lise et Wendy pour rejoindre Bella près d´Imbert. Nous distribuons des vêtements pour bébés pendant que Lise fait de la clinique pendant 5 heures en ligne sans pause. Lorsqu'elle termine cette journée de don d´elle-même, les derniers visages qu´elle voit sont ceux de tous les patients déçus qu´elle n´a pas pu voir. Mais elle garde le sourire malgré l'absurdité de la situation. Nous discutons longuement avec elle et Wendy de la notion de bien commun. Nous mesurons la chance que nous avons de vivre dans un pays où pratiquement tout le monde considère normal de consacrer plusieurs heures de travail par semaine pour construire ensemble le bien commun. Nous rêvons ensemble de voir une telle idée faire du chemin partout où elle fait si cruellement défaut. Peut-être pourrions nous chercher à construire un projet en ce sens dans le futur…

Aujourd´hui, jeudi. Tranquillité. Nous irons peut-être faire encore un tour à Cangrejo et à Montellano. Le retour approche et j´ai acheté hier de l´insecticide pour en imbiber mes valises et mes vêtements lorsque je les aurai lavés une dernière fois.

François Privé
Pour le groupe du Collège d´Alma en République Dominicaine

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