Saguenay, le jeudi 4 mai 2006 – / LBR.ca / - Les étudiantes et les étudiants du Département des sciences humaines du Cégep de Jonquière, associés à l’Institut de recherche et d’analyse critique (IRAC), ont dévoilé les résultats d’une enquête menée auprès des élèves du Cégep de Jonquière relativement à leur engagement dans des activités politiques et communautaires.
L’objet du sondage
Nous entendons souvent parler des jeunes comme étant individualistes et indifférents aux problèmes de notre société. Les stéréotypes à l’égard des jeunes sont tenaces : apathiques, choyés, non politisés, irresponsables, égocentriques. Il nous apparaissait intéressant de vérifier ces assertions auprès des élèves du Cégep de Jonquière.
Les objectifs spécifiques de l’enquête consistaient à dresser un portrait quantitatif et qualitatif de l’engagement (ou le non- engagement) des jeunes adultes du Cégep de Jonquière dans la vie politique et civique. L’étude visait à connaître cinq comportements : l’engagement dans des activités politiques et communautaires, les raisons qui les motivent à s’engager et celles qui les empêchent de le faire et enfin les sujets auxquels les jeunes de niveau cégep accordent une attention particulière.
Les faits saillants de l’enquête
1. L’engagement dans des activités politiques
Un premier type d’engagement politique fait référence à des activités qui se distinguent de la participation au vote. À titre d’exemple, il peut s’agir de signer une pétition, rechercher de l’information sur une question politique ou bien prendre la parole dans une assemblée publique.
Les jeunes du Cégep de Jonquière favorisent un engagement dans le but de défendre des causes telles que signer une pétition, participer à une manifestation, entre autres. Plus de 75% des élèves disent participer à ce type d’engagement politique.
La recherche d’information est une forme d’engagement très présente chez les élèves comme en témoigne le taux de participation de 58%. On peut avancer l’hypothèse que les élèves sont des personnes cherchant à comprendre ce qui se passe autour d’eux.
Le faible taux de participation aux deux derniers types d’engagement de cette partie de l’étude soit : « Démontrer un parti pris politique » (16%) et « Prendre position publiquement » (11%), suppose que les jeunes ne sont pas à l’aise avec une attitude partisane en politique et souhaitent encore moins être identifiés comme telle lors d’interventions publiques.
Sur cette base, il faut conclure que les élèves sélectionnent les activités politiques dans lesquelles ils s’impliquent.
Quant à la participation électorale, les jeunes cégépiens sont tout sauf différents du reste de la société. En effet, quelque soit le niveau politique, le taux de participation électorale est similaire à celui enregistré par l’ensemble de la population et le tableau ci-dessous démontre bien que les jeunes votent dans une même proportion.
Ces résultats sont intéressants dans la mesure où généralement, il est rapporté que les jeunes ne vont pas voter, du moins que c’est dans le groupe d’âge de 18- 30 ans que le taux d’abstention est moins, pour les jeunes du Cégep de Jonquière.
En ce qui concerne le critère de l’âge et quelque soit l’élection en cause ici, le taux de participation des jeunes de 18-19 ans augmente depuis l’élection provinciale de 2003, soit 35 %, 55% et 73%. Plus encore, dans notre enquête, c’est ce groupe d’âge qui montre le haut taux de participation électorale à la dernière élection fédérale, soit 73%. Les prochaines élections provinciales permettront de dire si c’est une nouvelle tendance chez les jeunes de 18-19 ans.
2. L’engagement dans des activités communautaires
Les élèves concentrent principalement leur engagement dans le bénévolat et pour les organismes à vocation sportive/récréative qui affichent un taux de participation supérieur à 50 %.
Ce sont des activités dites « sociorelationnelles » centrées sur la volonté d’entrer en contact avec d’autres personnes et à partager certains intérêts avec elles. Les jeunes veulent agir en société.
Les autres activités communautaires reçoivent moins d’adhésion de la part des élèves et notamment, des activités qui demandent un militantisme. En effet, la participation moyenne aux activités de type « sociorelationnel » telles que le bénévolat ou implication dans un organisme à vocation culturelle est de 38% contre 16,8% pour celles identifiées au « militantisme » (par exemple, l’association étudiante d’un établissement scolaire ou organisme de revendication). Il est utile de rappeler que les activités de type «militantisme» demandent un investissement en temps, une implication affective dans une « cause » et aussi une implication publique. À cet égard, les élèves sont congruents dans leurs comportements. Les activités dites « politiques » - Prendre la parole au cours d’une assemblée publique ou encore être membre d’un parti politique - qui exigeaient une implication publique avaient elles aussi moins d’adhérents.
Finalement sur leur taux d’implication dans des activités politiques et communautaires, les élèves participent en nombre important à la vie en société que ce soit à des activités politiques ou communautaires et ils sont sélectifs dans leur choix d’activités.
3. Les motivations à participer, à s’engager
Les jeunes cégépiens reconnaissent l’importance de s’impliquer pour le bien de la société. Ils le font avec détermination, se donnant comme raison la défense du bien commun. Ils défendent des principes politiques (aller voter car c’est le devoir de tout citoyen) ou sociaux pour tenter de changer les choses dans la société. Ils valorisent une implication personnelle dans une cause sociale ou encore vise l’entraide. Cet engagement sur la base de principes à défendre (65,5%) dépasse largement un engagement mu par intérêt personnel (34,2%) des motivations comme par exemple acquérir de l’expérience, mieux se connaître ou encore l’inscrire dans son CV. L’individualisme, l’égocentrisme s’efface devant la recherche d’être un acteur de changement dans la société.
Les jeunes du Cégep de Jonquière sont des idéalistes réalistes qui découvrent le monde qui les entoure avec toute la candeur qu’il est permis d’attendre des jeunes adultes.
4. Les motivations à ne pas s’engager
Les taux de non-participation sont très inégaux au regard des différents types d’engagement : taux d’abstention électorale autour de 30%, de non-participation à un engagement de type «sociorelationnel» 18,4% et non-participation à un engagement de type « militantisme», 47,2%.
Les raisons à ne pas participer sont multiples : Avoir des priorités plus importantes 40,3% - Manquer de temps 39,4% - Manquer d’information 21,8% - Manquer d’intérêt 17,8%.
Ces résultats démontrent que l’engagement n’intéresse pas tout le monde surtout dans un contexte où les études et le travail rémunéré prennent déjà une bonne partie du temps d’une grande partie des élèves.
D’autre part, le taux de 21,8% pour « Manquer d’information » met en évidence une méconnaissance, à la fois, de la vie politique et des organismes communautaires. Cela relève d’un certain manque de compétence civique et politique chez les élèves non engagés. Cependant, les règles du jeu politique et aussi du monde communautaire ne sont pas faciles à apprivoiser, ne font pas partie des programmes d’études et les organismes tant politiques que communautaires font peu d’effort pour attirer les jeunes selon le Conseil Permanent de la Jeunesse.
Une donnée intéressante est celle du positionnement de la raison Manquer d’intérêt (17,8%) au dernier. Difficile de généraliser ce comportement à l’ensemble des jeunes. Pratiquer le «Je m’en foutisme» n’est pas une norme.
4. Les sujets auxquels ils apportent une attention particulière
Les élèves sont des personnes curieuses, qui connaissent les enjeux sociaux, politiques et économiques. Les sujets qui peuvent avoir une répercussion directe sur leur personne intéressent le plus les jeunes (lutte contre la pauvreté, l’insertion au marché du travail) Suivent dans l’ordre les sujets de nature environnementale (Écologisme, développement durable), les échanges économiques internationaux et enfin des sujets de nature socio- économique (l’exode des jeunes et l’équité intergénérationnelle).
Pour conclure cette enquête, nous pouvons affirmer qu’il est présomptueux de dire que les jeunes d’aujourd’hui sont individualistes, paresseux et qu’ils ne s’impliquent plus. Nous avons pu démontrer que les étudiants du Cégep de Jonquière s’impliquent mais que leur engagement est moins ressenti publiquement dans la société. Ils sont là, ils ont changé leur façon de s’impliquer. Ils préfèrent faire plusieurs diversifier leur engagement plutôt que de s’engager corps et âme pour une seule cause. Au regard des réponses obtenues aux sujets qui les intéressent, on s’aperçoit qu’ils ne sont pas indifférents aux problèmes de la société. Il faut aussi tenir compte des contraintes à l’engagement : les études, le travail rémunéré, mais pas vraiment de cynisme notamment envers la politique
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Source : Marcel Boulais
Coordonnateur du Département des sciences humaines et responsable de l’enquête pour l’IRAC Téléphone : 418 547-2191, poste 383 marcel.boulais@cjonquiere.qc.ca
Méthodologie du sondage
L’échantillon de 422 élèves est de type « stratifié en proportion », selon les familles de programme du Cégep de Jonquière qui compte au total 2 993 élèves de l’annuaire téléphonique 2005.
Les questionnaires furent distribués au hasard parmi des groupes dans chaque famille de programme, durant la semaine du 3 au 7 avril 2006.
D’un point de vue statistique, un échantillon de cette taille est précis à 4,4 points près, 19 fois sur 20.
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