Saguenay, le 24 novembre 2005 - / LBR.ca / - Le ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine (MFACF) s’apprête à apporter des modifications majeures au réseau des services de garde par l’intermédiaire du projet de loi 124. Cependant, un deuxième enjeu considérable risque de nuire à la dimension éducative des centres de la petite enfance. Les nouvelles règles administratives proposées concernant la classification du personnel salarié des services de garde modifient en effet les catégories d’emploi et la qualification exigée pour les éducatrices à l’enfance.
Ainsi, le département de Techniques d’éducation à l’enfance du Cégep de Jonquière tient à réagir fortement à l’instauration d’un nouveau poste d’aide-éducatrice parce qu’il croit fermement qu’il faut maintenir les qualifications du personnel éducateur afin d’offrir des services éducatifs de qualité aux enfants québécois. Dans les attributions possibles déterminées par le gouvernement, l’aide-éducatrice pourrait effectuer le remplacement d’une éducatrice pour de courtes périodes au niveau de l’accueil, du départ ou des périodes de jeux libres, et ce, jusqu’à 50 % du temps de travail auprès des enfants. Ces moments de routine sont des activités riches en apprentissage de toutes sortes pour les enfants et constituent un temps d’intervention éducatif très important pour une éducatrice puisque les enfants y passent la moitié de leur temps. Il y a là, de toute évidence, un risque de priver graduellement les éducatrices de ces contacts privilégiés qui demeurent un élément fondamental de leur intervention professionnelle.
Plusieurs études, dont l’enquête Grandir en qualité et celle menée par l’Institut de recherches en politiques publiques (IRPP), affirment que « parmi les caractéristiques de l’éducatrice et de la responsable des services de garde en milieu familial (RSG) associées à la qualité, les variables relatives à la formation représentent sans doute l’ensemble des facteurs le plus important, ce lien étant largement documenté par la littérature » (La qualité ça compte! Choix, IRPR vol 11 no 4, oct. 2005, p.35 - Institut de la statistique du Québec, Grandir en qualité, Enquête québécoise sur la qualité des services de garde éducatifs, mai 2004, p. 436). Ces enquêtes indiquent que le fait d’avoir une éducatrice qualifiée au sens de la réglementation se conjugue généralement avec une meilleure qualité de la structuration et de la variation des types d’activités et de l’interaction de l’éducatrice avec les parents chez les groupes d’enfants d’âge préscolaire, qu’ils soient en installation de CPE ou en garderie.
Précisons que, dans le projet gouvernemental, aucune qualification spécifique n’est exigée pour le poste d’aide-éducatrice et qu’il n’y a que trois échelons à leur échelle salariale. Est-ce là la souplesse recherchée? On semble ici être dans une logique d’économie budgétaire plutôt que dans une logique de qualité. Que les services de garde puissent bénéficier d’une personne supplémentaire auprès d’un groupe d’enfants afin d’aider l’éducatrice en poste à réaliser toutes les tâches auxquelles elle doit répondre nous semble positif. Cependant, l’aide-éducatrice ne devrait pas remplacer l’éducatrice mais plutôt travailler sous sa supervision, et ce, en tout temps.
Le deuxième élément qui pose problème est la qualification exigée pour les éducatrices à l’enfance. Lorsqu’on se réfère au Mémoire de consultation sur la révision des règles administratives concernant la classification et la rémunération du personnel salarié des services de garde, il semble que l’expérience seulement permette qu’une éducatrice soit qualifiée si elle cumule suffisamment d’années d’expérience. C'est-à-dire que chaque année de scolarité pertinente qui manque peut être compensée par deux années d’expérience pertinente. Ainsi le terme qualification ne réfère plus à la formation reconnue et à ses équivalents tels que stipulé dans le règlement. Cela est très inquiétant pour le maintien et le développement de la qualité dans les services à la petite enfance. Le Département croit qu’il y a là un précédent dangereux pour la qualité du travail du personnel éducateur et pour la reconnaissance de la formation. De plus, cela risque de décourager les étudiantes qui verront leurs postes comblés par des personnes sans formation.
Un troisième aspect du projet doit aussi être questionné, soit celui qui définit le rôle de l’agente de conformité. Celle-ci serait chargée de reconnaître, de surveiller et de réévaluer les milieux familiaux, et ce, sans aucune formation en pédagogie. Comment peut-on ainsi garantir la qualité éducative des milieux et la reconnaissance des RSG? Nous pensons que le seul choix valable est celui d’offrir des services de garde éducatifs de qualité avec du personnel qualifié en pédagogie.
En tant qu’intervenant privilégié dans la formation en techniques d’éducation à l’enfance, le Département s’interroge donc sérieusement sur les effets négatifs que pourraient avoir ces nouvelles réglementations sur la qualité des services et le bien-être des enfants. De plus, des effets négatifs sont également à prévoir sur la reconnaissance professionnelle et l’employabilité de ses étudiantes à titre de spécialistes en intervention auprès de l’enfance.
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Source : Direction des Affaires corporatives
et des communications
Pour information et entrevues : Mme Jackie Tremblay
Département de Techniques d’éducation à l’enfance
Cégep de Jonquière
418 547-2191 (poste 7116)
ou
M. Gaétan Gagnon
418 547-2191 (poste 7137)
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