Mercredi, le 23 janvier 2008, Mattawa (Ont.) – / LBR.ca / - Quel devrait être le rôle du Canada en Afghanistan ? Pouvons-nous contribuer à y éradiquer les racines de la violence afin que les Afghans soient en mesure de reconstruire leur pays et d’y assurer eux-mêmes la sécurité ? Le Canada pourrait certes y jouer plusieurs rôles différents, y compris certains que nous n’avons pas encore envisagés.
L’instabilité actuelle en Afghanistan est en grande partie attribuable à l’insatisfaction de la population par rapport à sa qualité de vie et à son désespoir concernant l’avenir. La pauvreté, l’un des principaux facteurs de la mauvaise qualité de vie, découle du très haut taux de chômage. Un petit nombre d’Afghans cherchent dans la violence un exutoire à leur insatisfaction. Les chefs de guerre profitent de la situation pour recruter de jeunes hommes sans emploi et les incorporer dans leurs bandes armées, assurant leur subsistance et le financement des activités des bandes par la production et la vente de drogue.
Le Canada et ses alliés de l’OTAN peuvent rompre ce cycle de désespoir et de violence en offrant aux Afghans des solutions de rechange constructives qui réduiront à la fois le chômage et le sentiment d’impuissance qui accable les jeunes. Une solution possible serait l’engagement de ces pays dans un programme à long terme de reboisement des zones où les arbres ont été complètement détruits. Il ne s’agit pas d’une solution miracle qui peut tout régler tout de suite. Comme nous l’avons trop souvent pu voir, les solutions faciles ne fonctionnent généralement pas dans des situations complexes comme celle-ci. Un programme arboricole requiert du temps, de l’argent et des ressources importantes, mais au bout du compte, son coût est de loin inférieur à celui de l’approche actuelle, et ses avantages sur les plans de l’emploi, de la salubrité de l’environnement et du bien-être collectif à l’échelle locale et régionale seraient considérables.
Les forêts nous fournissent une multitude de produits et services. Dans un pays comme le nôtre, riche et pacifique, nous avons tendance à tenir nos forêts pour acquises, mais les habitants des nations pauvres et déchirées par les conflits ont besoin de leurs forêts pour survivre. Les forêts comblent souvent les besoins immédiats de la population en lui offrant un abri et du combustible, et ce, autant en milieu rural qu’urbain. Elles jouent de plus un rôle essentiel dans la survie humaine à long terme en soutenant et en enrichissant le sol, ainsi qu’en absorbant les pluies saisonnières, ce qui permet l’exploitation agricole et l’approvisionnement en eau des personnes et du bétail.
Les forêts couvraient autrefois une grande partie de l’Afghanistan. Les ravages causés par l’être humain constituent la principale cause de leur déclin. Aujourd’hui, les forêts et prairies-parcs ne comptent que pour moins de 1,5 p. cent du territoire afghan et elles subissent une pression énorme de la part de la population, qui a besoin de combustible, de fourrage pour les animaux domestiques et de matériaux de construction. Au rythme actuel de déboisement, l’Afghanistan n’aura plus de forêts d’ici 30 ans.
Il y a plusieurs approches possibles en vue du reboisement de l’Afghanistan. Le soutien et l’engagement seront la clé de la réussite de cette entreprise, autant sur le plan local qu’international. Bien que les Afghans ont traditionnellement peu fait confiance aux étrangers, et avec raison, il s’agit dans l’ensemble d’un peuple plein de dignité qui a un solide sens de l’honneur et de la justice. Avec des efforts, des preuves tangibles et de la communication, il serait possible de les convaincre des bienfaits que pourrait leur apporter un programme de reboisement. Il faudrait cependant leur permettre de jouer un rôle crucial dans le processus. La première étape serait l’établissement d’une base de connaissances afin de déterminer l’emplacement et la nature des besoins, ce qui ne sera possible que si nous collaborons avec les collectivités et les institutions rurales d’Afghanistan. Le gouvernement national et les gouvernements provinciaux ne sont pas les meilleures sources de renseignements en la matière. Les aînés des collectivités sont bien mieux placés que les hautes sphères des gouvernements pour définir les besoins en reboisement précis et le potentiel de leur région. Ils connaissent aussi très bien les opposants actuels et potentiels à un tel projet et savent comment traiter avec eux.
Une organisation suffisamment importante et qui en a les moyens, les ressources, l’expertise et la motivation (p. ex., le gouvernement du Canada et ses alliés de l’OTAN) serait en mesure de concevoir et d’exécuter un programme de reboisement de cette nature. Cela exigerait qu’elle fournisse les fonds de démarrage, les connaissances et les matériaux requis pour installer des pépinières, pour identifier et cultiver les espèces d’arbres appropriées, pour préparer les sites à reboiser et pour établir des plantations. La main-d’œuvre et les fournisseurs de services doivent être recrutés sur place. Les avantages directs de ce programme comprendraient la création d’emploi et la production de revenus, ainsi que la satisfaction des besoins fondamentaux des familles afghanes des milieux ruraux, en ce qui concerne entre autres le combustible de bois, les matériaux de construction, le fourrage, l’ombre, la protection contre le vent et, éventuellement, les arbres fruitiers. Cela permettrait également la conservation de l’eau et l’amélioration du sol. Les professionnels canadiens de la forêt ont toute l’expertise nécessaire pour collaborer à une telle mission et contribuer à sa réussite.
Pour plus de renseignements, veuillez communiquer avec :
John Pineau ou le capitaine Neil Stocker, F.P.I.*
Directeur général
Institut Forestier du Canada-Canadian Institute of Forestry
Mattawa (Ont)
705-744-1715 poste 585
jpineau@cif-ifc.org
* Neil Stocker est membre de l’Institut Forestier du Canada. Il a servi dans les Forces canadiennes en Afghanistan pendant six mois en 2007. Il a pu y constater de visu les conditions de vie du peuple afghan. Son expérience unique en tant que forestier et soldat l’a aidé à convaincre les professionnels de la forêt du Canada après son retour au pays et à formuler des recommandations visant à réduire la violence encore bien présente en Afghanistan aujourd’hui. Le capitaine Stocker est disponible pour accorder des entrevues; il suffit d’en faire la demande.
L’Institut Forestier du Canada est une association nationale de professionnels de la forêt de partout au Canada. Plusieurs des membres de l’Institut prennent ou ont pris part à des activités de développement international financées soit par eux-mêmes, soit par des organismes canadiens ou d’ailleurs. Les professionnels de la forêt du Canada ont participé à de nombreux programmes d’aide dans le monde. Ils ont eu la preuve des changements positifs que peuvent apporter pour la population des programmes de reboisement réfléchis et soigneusement mis en œuvre qui servent à rétablir les fonctions des écosystèmes, comme le captage des eaux dans les paysages dépouillés. -30-
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