Lettre de Bernard Généreux de la CRÉ à Pierre Corbeil, ministre des Ressources naturelles et de la Faune
Réduction hâtive et injustifiée de 20% de la possibilité forestière; la région réclame des précisions sur les impacts et des mesures d’atténuation
2005-03-23 14:29 - Commentaire d'opinion
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Saguenay, le 22 mars 2005
Monsieur Pierre Corbeil
Ministre des Ressources naturelles et de la Faune
5700, 4è Avenue Ouest, bureau A-308
Québec, Québec, G1H 6R1
Objet : Réduction hâtive et injustifiée de 20% de la possibilité forestière; la région réclame des précisions sur les impacts et des mesures d’atténuation
Monsieur le Ministre,
Vous ne serez pas étonné d’apprendre, que c’est avec une réelle inquiétude que la Conférence régionale des élus du Saguenay–Lac-Saint-Jean accueille l’adoption sous le bâillon, du projet de Loi 71, modifiant la Loi sur les forêts et imposant une diminution de 20 % de la possibilité forestière. Depuis plusieurs mois déjà, suite au dépôt du rapport de la Commission Coulombe, la région se concerte, questionne et réagit. Nous avons proposé des solutions concrètes en terme de mesures d’atténuation des impacts que pourraient avoir une telle diminution. Nous n’avons obtenu aucune réponse, outre le fait qu’il faut faire preuve de prudence et rapidement appliquer un principe de précaution.
En tant qu’interlocuteur privilégié du gouvernement du Québec en matière de développement, reconnu comme tel dans le cadre de la Loi sur le développement économique et régional et appuyée de l’ensemble de ses partenaires régionaux, la Conférence régionale des élus du Saguenay–Lac-Saint-Jean vous le demande : Monsieur le Ministre, le principe de précaution, c’est à nos collectivités locales et régionales qu’il doit être appliqué !
Vous ne pouvez pas nous demander d’être les spectateurs silencieux du sacrifice de milliers d’emplois dans l’industrie forestière. Selon le modèle intersectoriel du Bureau de la statistique du Québec (BSQ), un volume de 100 000m3 de bois, récolté et transformé, génère 350 emplois directs, indirects et induits. Selon le volume de bois présentement attribué dans la région, la baisse de 20 % pourrait correspondre approximativement à un volume de 1,5M à 2M de mètres3 de bois. Il est bien légitime que nous cherchions à savoir ce qui nous attend. Si vos évaluations sont différentes des nôtres, remettez vite nos pendules à l’heure et déposez rapidement une évaluation exhaustive des impacts estimés de cette baisse de 20 %, sur l’industrie et sur les emplois dans notre région. Nous avons le droit de connaître maintenant le plan de match gouvernemental, s’il y en a un, en ce qui concerne les mesures d’atténuation pour nos collectivités, qui seront fortement touchées.
Vous ne serez pas non plus étonné que nous vous rappelions maintenant, le projet de décentralisation de la gestion de la forêt, qui fait l’unanimité au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Les événements de ces derniers jours nous le confirment : pour être gérée adéquatement et dans le respect des collectivités qui en vivent et qui en dépendent, la forêt doit nécessairement être gérée par des gens proches de cette ressource, dans un cadre décentralisé et de développement durable. Le projet de décentralisation de la gestion de la forêt, dont vous avez d’ailleurs déjà pris connaissance, c’est toute une région qui le porte. Soyez-y à l’écoute!
Nous estimons que le gouvernement du Québec vient de rater une autre belle occasion de positionner à sa juste valeur, le moteur économique que constitue la forêt québécoise, qui aurait pu être propulsé à l’avant-garde du développement économique du Québec et de ses régions. Les ressources naturelles contribuent, entre autres, substantiellement à la balance commerciale du Québec et elles profitent au bien-être de l’ensemble des québécois et des québécoises, qu’ils soient des régions ressources, de la capitale ou de la métropole.
Il nous a été impossible de rencontrer votre prédécesseur, M. Sam Hamad, malgré nos nombreuses demandes. Suite à l’ouverture que vous avez démontré en conférence téléphonique lundi soir dernier et devant l’imminence des impacts qui nous attendent, nous vous invitons le 31 mars prochain, à rencontrer le conseil d’administration de la Conférence régionale des élus. Ensemble, nous trouverons assurément des solutions convenables pour l’avenir de notre forêt, pour l’avenir de notre région.
Recevez, Monsieur le Ministre, mes salutations distinguées.
Bernard Généreux, président
c.c. Mme Françoise Gauthier, ministre du Tourisme, ministre responsable de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean et députée de Jonquière.