Offrons à nos jeunes la possibilité d’être fiers, faisons d’eux les reboiseurs de notre belle planète!
Je vous écris parce que le sort des jeunes Haïtiens qui ont été pris dans un gang de rue récemment m’attriste.
2007-01-28 14:34 - Commentaire d'opinion
- / LBR.ca / - Bonjour à toute l’équipe!
Je vous écris parce que le sort des jeunes Haïtiens qui ont été pris dans un gang de rue récemment m’attriste. Je voudrais vous faire une suggestion, surtout pour ceux qui risquent d’être déportés. Vous devriez demander que le gouvernement fédéral lance un programme pour rendre ces déportations temporaires et conditionnelles. Les jeunes déportés devraient avoir le droit de revenir au terme de leur peine s’ils ont passé celle-ci à planter des arbres en Haïti. Car le pays a un urgent besoin de reboisement, et ces jeunes qu’on s’apprête à déporter ont un urgent besoin de constater qu’ils ont la capacité d’investir leur énergie dans quelque chose de très constructif et de nécessaire pour l’avenir de notre planète, et non seulement dans le crime.
On devrait donc rencontrer ces jeunes et leur offrir l’alternative suivante : On va te déporter, mais tu auras le droit de revenir si tu as planté et très bien entretenu 1000 arbres par année pendant toute la durée de ta sentence. Tu te rendras ainsi service en apprenant à travailler durement, tu rendras service à Haïti en reboisant le pays, et tu rendras service au Canada en réduisant notre contribution au réchauffement climatique.
Avant qu’il ne parte, on rencontrerait chaque jeune pour lui donner des cours. Chaque jeune devrait apprendre à construire une petite maison simple, à utiliser une toilette à composter, à désinfecter son eau, à construire un foyer qui économise le combustible, à cuisiner à partir d’ingrédients secs, à amender le sol, à cultiver le sol, à planter un jardin, à planter des arbres et à irriguer un territoire.
Chaque jeune recevrait ensuite les matériaux pour une très petite maison à la Thoreau ainsi que les semences et les outils nécessaires à l’agriculture. Il devrait aussi recevoir de petits paquets de semences pour pouvoir aider les familles qui vivent à moins d’un kilomètre de l’endroit qui lui serait attribué pour cultiver sa parcelle.
Chaque jeune aurait un téléphone cellulaire à manivelle avec appareil photo et caméra, SMS, internet illimité surveillé et service 911, et une heure de téléphone local ou 10 minutes de téléphone international par semaine plus appels entrants illimités, au frais de ceux qui appellent. Ainsi, le jeune pourrait s’instruire par internet et toute la planète pourrait prendre des nouvelles de sa forêt. Il faudrait aussi inclure une radio et une lampe de poche à manivelle.
Il faudrait inclure des poches de riz et de légumineuses, ainsi que des boîtes de conserves contenant toute la nourriture pour que la personne puisse passer une année en bonne santé même si les récoltes sont maigres. Il faudrait inclure des suppléments vitaminés au besoin, ainsi qu’une trousse de premiers soins.
Le matériel pourrait être livré en plusieurs livraisons, à chaque trimestre, de manière à ne livrer que les ressources nécessaires à chaque étape du projet. On ne livre pas les 1000 plants d’arbres en une seule fois par exemple, et on ne les livre pas avant que la personne n’ait terminé de construire sa petite maison et qu’elle ait assuré son accès à l’eau nécessaire aux cultures.
Ces « trousses de survies » coûteraient entre 5000 et 10000$. Beaucoup moins que ce qu’il en coûte pour jeter l’un de vos jeunes en prison, sans autre apprentissages à se mettre sous la dent que l’enlisement dans les crimes que lui feront miroiter ses co-détenus.
Et je pense que de telles trousses n’attireraient pas seulement que de jeunes criminels. Personnellement, je connais plein de jeunes qui aimeraient vivre une telle année de défi, et pouvoir plus tard montrer à ses petits enfants des photos de cette immense forêt sortie de leurs mains. Notre planète a besoin de ces forêts, Haïti en a un besoin encore plus urgent. Et nos petits enfants métis seront fiers de ceux de leurs grands parents qui auront mis les doigts dans la terre pour leur préparer ces forêts. Qu’ils soient blancs ou noirs, ils seront fiers de ces grands-parents visionnaires et responsables.
Ils seront fiers de ceux qui auront planté toutes ces nombreuses variétés d’arbres fruitiers ou médicinaux, ou utiles de mille autres manières. Des arbres qui poussent vite, d’autres qui retiennent le sol, d’autres qui produisent le bois dont seront faites les maisons. Des arbres qui donneront des feuilles à la tonne pour que nous puissions faire du compost et amender ces montagnes de roche. Des arbres qui nourriront le bétail, ou qui hébergeront des fruits dont les vers nourriront les piscicultures. Des arbres qui produiront le bois de nos futures éoliennes…
Il me semble que ce serait un beau défi à lancer à ces jeunes qui sortent temporairement du droit chemin, qui ont du leadership et de l’orgueil. Mettons leur orgueil au travail en leur présentant ce défi de la part de leurs petits enfants. Montrons-leur de quoi ils seraient capables. Montrons leur d’avance la fierté de leurs petits enfants, de leurs arrières petits enfants.
Et montrons la même fontaine de fierté à tous nos enfants, quelques soient la couleur de leurs grands parents.
Offrons à tous les enfants qui le voudront l’occasion d’aller vivre pauvrement mais fièrement sur la terre d’Haïti en y plantant les forêts qui feront la fierté, la vie et la joie de nos petits enfants.
Qu’ils aient fait des erreurs ou non, offrons à nos enfants l’occasion d’être fiers de la planète qu’ils préparent pour notre lointaine descendance. Et partageons leur fierté, même si le désespoir les a temporairement poussés vers le crime.
François Privé
Professeur de philosophie
Ami du peuple Haïtien