Lorsqu’on entend parler de solidarité internationale, on imagine spontanément...
2006-11-17 08:10 - Commentaire d'opinion
-/ LBR.ca / -Lorsqu’on entend parler de solidarité internationale, on imagine spontanément que le temps minimum nécessaire pour réaliser quoi que ce soit se chiffre en mois plutôt qu’en semaines ou en jours. Mais ce n’est pas nécessairement toujours le cas. Pendant le voyage que nous allons vous raconter, il nous a fallu deux demi-journées de travail pour redonner de l’eau à une centaine de personnes qui en étaient privés depuis 5 ans. Le secret : communiquer et travailler avec des gens qui vivent sur place. Voyez plutôt…
Du 22 au 29 octobre dernier, moi et deux personnes d’ici, soit Jules Bouchard et Valérie Bouchar, sommes allés en République Dominicaine pour réparer une pompe dans le batey de Loma Blanca, à quelques kilomètres de Puerto Plata.
Nous avions eu l’occasion de visiter la petite bourgade l’été dernier. C’est madame Lise Gagnon, infirmière au dispensaire de Cangrejo qui nous avait guidés jusqu’au village. Nous y avions été surpris par le dénuement dans lequel croupissaient ces travailleurs de la canne à sucre, privés d’eau, d’électricité, de latrines… La misère la plus complète à 30 minutes des sites hôteliers. (pour les amateurs de Google earth : 19 43 57.8n, 70 50 56.6w Bonne visite!)
Lors de notre première visite, nous avions essayé de réparer la pompe rouillée qui se trouvait encore sur le puits, mais sans succès. Il nous était impossible de trouver les pièces nécessaires dans les quincailleries de la province, car la pompe était trop vieille. Nous sommes donc repartis la mort dans l’âme, sans avoir réussi à rendre l’eau aux villageois déçus, et sans avoir réussi à convaincre la compagnie de canne à sucre de le faire non plus.
Une fois revenus au Canada, nous avons présenté le problème à quelques personnes, en montrant des photos des enfants au ventre enflé de parasites pris dans l’eau contaminée sur laquelle ils sont forcés de se rabattre faute de mieux. Et la solidarité a fait le reste du travail.
Jules Bouchard, un habitué des réparations de ce genre, a décidé de participer au projet. Avec lui, nous sommes passés voir Laval Hudon, un spécialiste des pompes, qui nous a expliqué en détail le fonctionnement d’une pompe manuelle, qu’il nous a permis de tester avant de partir, et qu’il nous a laissé pour une bouchée de pain. Nous avons acheté toutes les pièces supplémentaires qu’il nous fallait pour installer la pompe avant de partir, apportant même quelques pièces en surplus pour éviter toutes les mauvaises surprises. Pour cela nous avons reçu l’aide financière de l’association étudiante du collège d’Alma et des employés d’Abitibi-Consolidated, les collègues de Jules.
Pour notre séjour, nous étions dans deux hôtels de Playa Dorada. Mais nos radios nous permettaient de rester en contact. Dès le lendemain de notre arrivée nous sommes allés voir nos amis de Cangrejo, Wendy et Adolphe. Il nous fallait les retrouver pour aller à Loma Blanca. Sur place nous avons rencontré Noël, un Dominicain qui avait une camionnette et qui nous transporterait jusqu’à Loma Blanca pour un prix raisonnable que deux très gentils voyageurs rencontrés sur notre site hôtellier nous ont d'ailleurs aidés à payer.
C’est le mardi et le mercredi matin que nous avons mis en place la pompe que nous avions apportée dans la grosse valise rigide que nous avait offerte Jean Laberge, un collègue du collège. Les hommes de Loma Blanca étaient bien intrigués de nous voir arriver mardi matin avec notre grosse valise pleine de pièces. Très vite ils ont compris ce que nous venions faire et ils se sont massés autour de nous pour nous aider. Une bâche par terre pour étendre nos pièces sans les souiller, une pelle pour mélanger le ciment, des poches de sable ramenés de la rivière, un seau d’eau pour le mortier… L’aide fuse de partout. Et les enfants sont là aussi, curieux. Un haïtien étudie déjà le manuel espagnol de montage et de réparation de la pompe que Jules a fait imprimer et plastifier.
Pour la première journée, on assemble les coffrages préparés au Canada et Adolphe les rempli avec le mortier mélangé par les hommes de Loma Blanca. On y place le gros tuyau au centre et les tiges filetées qui recevront la base de la pompe. La chaleur est accablante à la fin de l’avant midi et nous repartons de Loma Blanca avec la hâte de nous baigner.
Le mercredi matin nous sommes retournés à Loma Blanca très tôt, car la chaleur de la veille nous avait convaincus de profiter de la fraicheur du matin pour effectuer l’essentiel du travail. Mais nous avons fait un détour avant de nous rendre sur place car les gens de Loma Blanca nous ont confié que l’année était difficile car la compagnie de canne à sucre a changé de propriétaires et que la récolte est remise en question cette année. Pas de récolte, pas de revenus. Nous sommes donc passés par l’épicerie pour acheter du riz, des légumineuses, de l’huile et des épices. Nous avons aussi acheté du rhum et du cola pour fêter l’arrivée de l’eau.
Pendant que Valérie, Wendy et Samuel s’installent pour distribuer la nourriture, Jules, Adolphe et Noël assemblent la pompe. Moi je courre d’un site à l’autre pour prendre des photos. Tout va très vite et la pompe fonctionne.
Mais lorsqu’Adolphe veut s’assurer qu’elle est bien vissée à la base, il casse le pied de la pompe. Je fulmine. Nous partons pour la ville pour faire souder la pompe, désespérés. Un soudeur compétent nous aide bénévolement, touché par l’aide que nous venons offrir à ces pauvres gens. Avant de la souder il me montre le pied corrodé de la pompe, ce qui indique qu’elle avait un faible. Je m’excuse à genou devant tout le monde d’avoir parlé durement à Adolphe, qui rigole en se cachant le visage. Nous replaçons la pompe une demi-heure plus tard, heureux d’avoir permis à quelques uns des hommes de Loma Blanca de voir que la pompe pourra être réparée même si le bris est important.
Pendant notre absence, le reste de l’équipe a distribué la nourriture, et c’est maintenant l’heure du Cuba Libre!
Nous repartons en début d’après midi, et profitons de l’occasion pour passer par la Cabine, un autre batey semblable où la pompe est brisée aussi depuis plusieurs années. Nous filmons le lieu, nous prenons les coordonnées géographiques avec le GPS de Jules et nous nous promettons de revenir ou de trouver quelqu’un d’autre pour venir faire cette réparation. Nous avons aussi pris quelques photos des latrines de Cangrejo pour la même raison. Avec quelques personnes bienveillantes qui auront envie passer une belle semaine dans le sud tout en revenant avec la fierté d’avoir aidé des gens qui en ont besoin, je suis certain qu’on pourra refaire ce genre de voyage encore plusieurs fois...
Tous ceux qui voudraient utiliser nos contacts sur place sont les bienvenus. Assurez vous de prendre beaucoup de photos si vous réalisez les projets de la Cabine et de Cangrejo, et essayez de prendre des photos d’autres projets potentiels pour le futur. Et si quelqu’un avait envie de s’investir un peu pour réaliser un site internet avec ces projets passés et futurs, nos voyages dans le sud n’en seront que meilleurs.
François Privé
Professeur de philosophie
Fier collègue de voyage de
Valérie Bouchard et Jules Bouchard