Une solution à la crise forestière : la production d’énergie
Par Patrick Déry, B.Sc., M. Sc., physicien - Analyste/consultant, spécialiste en énergétique Saguenay-Lac-St-Jean
2006-11-05 16:37 - Commentaire d'opinion
- / LBR.ca / - La problématique du secteur forestier tient plus du domaine économique qu’environnemental. Les importations de bois de Chine, la baisse de la construction de plus de 25 % au Etats-Unis, les barrières tarifaires, la baisse de consommation de papier journal et la hausse du prix des carburants entres autres, ont miné toute l’industrie forestière régionale. Les solutions apportées jusqu’à présent ne parviendront pas à résoudre cette crise de façon durable. Dans cette lutte économique qu’est la mondialisation, nous ressortirons toujours perdant si l’on ne parvient pas à se trouver une place de choix.
La demande énergétique croissante des pays en émergence (Chine et Inde en particulier), les problèmes géopolitiques mondiaux (Iran, Iraq, Corée du nord…) ainsi que le plafonnement de la production de pétrole depuis 2005, nous indique qu’il y a de grandes possibilités pour une crise énergétique dans un avenir plus ou moins rapproché avec une haute volatilité des prix de l’énergie. Dans ce contexte, je suggère à la région de se tourner vers une solution novatrice, celle de l’énergie-bois.
Les Etats-Unis demeurent de très grands consommateurs d’énergie et leurs sources actuelles sont de plus en plus situées dans des endroits politiquement instables comme le Moyen-Orient. La demande d’énergies propres, comme l’énergie-bois (avec un brûlage à haute température, elle très peu polluante et neutre en émission de gaz à effet de serre), est de plus en plus forte au Etats-Unis. De plus, les prix pour l’électricité y sont plus élevés qu’ici (plus de 0,08$/KWh).
En résumé, au lieu d’exporter des 2x4 à bas prix, dont la demande est d’ailleurs décroissante avec l’éclatement de la bulle immobilière américaine durant l’été dernier, exportons de l’énergie sous forme électrique ou sous forme de granules de bois. Avec la possibilité que la propriété des équipements de production soit régionale, contrairement aux barrages qui sont soit la propriété d’Hydro-Québec ou d’Alcan, les retombées financières pourraient être très importantes. Il serait aussi possible d’installer de nombreuses unités de production distribuées sur l’ensemble du territoire. Le marché, en plus de l’exportation, est aussi local avec la vente de chaleur et de granules de bois pour le chauffage des résidences et des commerces.
Selon les estimations que j’ai effectuées en utilisant l’ensemble de l’attribution forestière pour chacune des options, il ressort clairement que l’utilisation de la ressource forestière en tant qu’énergie est concurrentielle par rapport au sciage du bois surtout dans les contextes de mondialisation et de la hausse des prix de l’énergie (voir tableau dans le document joint).
Ces options énergétiques ne sont pas mutuellement exclusives. Au contraire, elles devraient même faire partie d’un «porte-feuille industriel» diversifié avec les scieries, les usines de papiers et la troisième transformation du bois. De plus, la chaleur résiduelle d’une centrale de cogénération pourrait servir au séchage du bois composant les granules. Bien entendu, à ce stade, les estimations ne tiennent pas compte des investissements nécessaires pour construire les centrales de cogénération et les usines de production de granules. Ces chiffres nous démontrent qu’il est loin d’être farfelu de penser utiliser notre ressource forestière dans la production énergétique à l’échelle industrielle d’un point de vue économique. D’ailleurs de nombreux pays de part le monde, tel la Suède ou l’Autriche, ont adoptés des mesures en ce sens.
Au point de vue environnemental, la combustion du bois à haute température n’engendre pas les polluants du chauffage résidentiel avec des foyers à combustion lente. C’est aussi un émetteur neutre de gaz à effet de serre, le CO2 émit l’aurait été de toute façon dans la forêt lors de la dégradation de ce bois. Un autre avantage est que cela permet le déplacement de carburants plus polluants tel le charbon utilisé dans les centrales électriques américaines.
Pour terminer, je pense que cette idée mériterait une évaluation plus élaborée sous forme d’une étude d’opportunité afin de vérifier la validité de cette approche dans notre contexte régional et voir comment elle pourrait s’inscrire dans un plan de relance de l’industrie forestière régionale.
Pour toute information, vous pouvez me contacter:
Patrick Déry, B.Sc. M.Sc. (physique)
Analyste/consultant, spécialiste en énergétique
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